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là : mais cette supposition est bien gratuite. Il y a sans doute beau-coup de fleuves qui ont une grande vitesse lorsqu’ils sont voisins deleur embouchure; mais leur vitesse est toujours plus considérabledans les parties supérieures de leur cours. En effet, comment con-cevoir que le même volume d’eau perde sa vitesse lorsque le lit oùil coule a encore quelque pente pour reprendre cette vitesse lors-que la pente est détruite, c’est-à-dire lorsque la principale causede son mouvement n’existe plus ?
348. Si les fleuves, en entrant dans la mer, trouvoient ses eauxtoujours tranquilles, leur lit n’éprouveroit pas plus de changementà l’embouchure même que dans les parties supérieures où le fondet les bords ne sont formés que de sable et de limon. En effet, iln’existeroit aucune cause qui pût altérer davantage leur direction,lorsqu’elles seroient sur le point de cesser d’être contenues, quedans les autres points supérieurs où elles ne pourraient agir quesur des matières de même ténacité. Mais il s’en faut de beaucoupque les eaux de la mer soient dans un repos constant; elles sontsouvent soulevées par des vents impétueux, et la hauteur de leurniveau change, soit par l’action des tempêtes, soit par celle du fluxet du reflux, soit enfin par le concours de ces causes.
Sur nos côtes, le flux et le reflux ne sont pas sensibles, et la plusgrande élévation à laquelle les vents forcent les eaux de parvenirn’excede guere 4 pieds: mais quoique cette élévation ne soit pasbien considérable, la violence avec laquelle les vagues de la merviennent se briser sur la côte est suffisante pour changer la positiondes bancs de sable et de limon que les rivières déposent à leur em-bouchure, et pour en former des barres qui suspendent, pour ainsidire, le cours de ces rivières, leur font perdre leur profondeur, lesrendent souvent inutiles à la navigation, les dépouillent de leurmajesté, et, les forçant de s’échapper par une infinité d’issues, lesréduisent à terminer leur cours comme elles l’ont commencé. Cha-cune de leurs embouchures offre l’image des premiers ruisseauxqui les formèrent.