NOUVEAUX PRINCIPES
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354. On voit aisément que les circonstances les plus favorablespour empêcher la formation des barres sont que les rivières cha-rient peu de sable, que le volume de leurs eaux ait plus de hauteurque de largeur, et enfin essentiellement que le fond de la mer àl’embouchure ait beaucoup de profondeur, et soit formé de ma-tières que ses eaux déplacent difficilement. Ce sont ces dernierescirconstances qui sont les plus avantageuses , parcequ’elles nepeuvent être que l’ouvrage de la nature. Si la Charente, ainsi qued’autres rivières médiocres, offrent une entrée libre aux vaisseauxde ligne, c’est qu’elles entrent dans une mer profonde que leursatterrissements ne peuvent combler; au lieu que des fleuves fortpuissants reçoivent à peine des barques à leur embouchure lors-qu’ils se perdent sur des plages où la mer a peu de profondeur.
Voici quelques exemples des barres qui sont à l’embouchure dela plupart des grands fleuves qui entrent dans l’Océan, et des effetsqu’elles produisent.
L’Orénoque entre dans la mer par plus de cinquante embou-chures. Il y a une chûte près de chacune d’elles, de maniéré que leseaux y ont beaucoup d’impétuosité. «Le premier navigateur (i)« qui reconnut cette riviere donna le nom des Dragons à celle de ses« embouchures qui est la plus étroite, et qui est si dangereuse, qu’à« chaque vague qui s’élève on est exposé à faire naufrage. En i535,« trente-sept ans après cette première découverte, Diego de Ordas« voulut entrer dans les embouchures de l’Orénoque ; mais tous ses« efforts n’aboutirent qu’à lui faire perdre une partie de ses vais-cc seaux et de ses équipages. Le mauvais succès de cette entreprise,« loin de décourager Herréra, ne fit au contraire que l’animer da-te vantage; il brusqua l’entrée de ces embouchures, etc. » Hist, deV Orénoque, pag. 12 , 32 , 33.
« Dans les anses que forme la côte depuis Panama jusqu’à la« pointe de Santa-Helena, particulièrement dans celles où il y a
(1) Christophe Colomb.