qu’est ce-]ui du to-nerre,
192 DU BRUIT
se du nombre innombrable de particules de corps solides, qui fontebranlees par une agitation de 1’air auffi grande , auffi vite , & auffiviolente qu’est celle que peut causer la soudaine raresection d’une gran-de exhalaison , ou d’une quantite considerable de poudre a canon , oude la poudre appeliee or fulminant.
Je fupposc donc , que quand un fouet frappe 1’air , St qu’il claque,ce n’est point parce que le fouet freiste 1’air , car l’air freiste ne faitpoint de bruit; mais c’est fair qui freiste les particules du fouet Ltqui les plie , en forte que par leur retour elles frappent 1’air avec unevitesse tout autre que n’est celle avec laquelle elles ont ete frappees,St qui seule est capable de produire 1’agitation particuliere qui seit lebruit. Tout de raeme quand 1’exhalaifon ou la poudre a canon s’en-flamment , quelque soudaine que seit l’impulsion qu’elle cause par lararefaction , il n’est pas aise de concevoir , qu’elle ait asses de vitessepour faire que les parties de 1’air se puiflent pousser Pune 1’autre astesvite pour prevenir la vitesse de ia suite qui leur est si naturelle > maisje comprens aifement, que cette vitesse de l’impulsion, que la foudai-ne inflammation de la matiere rarefiee cause a 1’air , le va faire frap-per avec astes de force contre la terre , les bätimens , les arbres, lesrochers , les eaux , & les nuees epaisses , pour en freister les particu-les ; & que de tous ces corps les particules innombrables froistees enmeme temps poussent 1’air par leur retour, Lt 1’agitent de la manierepropre a faire le bruit en tant d’endroits , que 1’oreille en est frappeeavec une force tout-a-seit extraordinaire.
Car quoique lorfqu’il se seit un edat de tonerre , on entende lebruit fort haut au-dessus de nous, ou il ne parcis point qu’il y ait deces corps solides que je fuppose necestaires a la production du bruit}il est vrai qu’il ne se trouve jamais quand il tonne , que 1’air ne seitrem pii de nuees epaisses , qui etant composees d’eau peuvent etre esti-tnees avoir quelque solidste , si 1’on compare leur fubstance avec cellede 1’air : car il seut remarquer , que les coups de tonerre , que nousentendons au-dessus de nous, font foibles , & vont se fortisiant par lesechos causcz par la reflexion des corps qui font proches & plus soli-des que 1’eau des nuees : mais les coups qui font forts & foudains nes’entendent point en haut , mais pres de nous ; parce qu’ils ne fontpoint causcz par l’air frappant les nuees , mais frappant les corps soli-des qui font pres de nous.
Ce qui seit juger que le bruit du tonerre se seit ainsi , est qu’unfeul eclair est prefque toüjours fuivi d’un grand nombre d’eclats re-doublez en cent differentes manieres & differens en force : car 1’eclairn’est rien autre chose que la lueur du seu de 1’exhalaifon cn flamm ce,en forte que si cette inflammation se seit lentement , & qu’il ne serencontre point de nuees astes epaisses & astes proches, 1’eclair n’estfuivi d’aucun bruit, la Ibudainete de 1’inflammation etant cause de ia
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