r?r DU BRUIT
que pour cela iis jugeassent qu’il etoit necessaire de fuppleer quelquechose , qu' une image du chemin imprimee dans leur cerveau ne leurpouvoit fournir ; car l’image du chemin qu’ iis avoient tenu en venantauroit du consister dans la figure d’un bois, d’un pre, d’un pont, d’uneterre labouree , d’une montagne , & de tels autres lieux qu’ iis avoientpassez suivant cet ordre en allant ; & il etoit necessaire pour faire ser-vil- la vüe de ces lieux a retrouver le chemin , que ces animaux fussentcapables de conclure que ces lieux se dcvoient passer par un ordre con-traire en revenant; par la raison qüe les chofes opposees ne fe pouvantfaire que par des moyens oppofez , il s’enfuivoit que 1’aller & le veniretant des chofes opposees, il falloit pour rcvenir fuivre un ordre op-pofe a celui.qui avoit ete tenu en allant ; or comme 1’ordre renverfe,que ces cbiens suivirent en faisant succeder dans leur retour un pre aun pont, ne depend point de 1’ordre que pouvoient avoir dans leurcerveau les images du chemin qu’iis avoient fuivi en venant, lequelavoit ete de faire succeder un pont a un pre; a quel principe peut-onattribues ce changement d’ordre , qu’ a une puissance capable de faireque les premisses foient la caufe de la conclusion , & que la conclufionfoit 1’effet des premisses, par une suite dont la nature est tout-a-faitdisserente de celle qui fait que le seu est fuivi de la fumee , & que lafumee est suivie des larmes qu’eile fait venir aux yeux.
Au-reste il n’est pas difficile de concevoir, que s’il y a beaucoup dedifficilste a faire fervir aux aftions de la memoire les images des cho-fes visibles qu’ on veut que les animaux ayent imprimees dans le cer-veau, les mentes inconveniens fe rencontrent auffi dans les images quel’on voudroit dire qu’iis ont des objets des autres lens: car on ne peutpas pretendre que les images des odeurs eussent pü conduire ces chiens,non plus que celles de la figure & de la couleur des lieux par lefquelsv iis avoient passe, fans fuppofer qu’iis auroient juge qu’il falloit chan-ger 1’ordre que ces images avoient dans leur cerveau , cet ordre d’ima-ges des chofes odorantes, auffi-bien que celui des chofes visibles, etantautre en revenant qu’ il n’etoit en allant : & qu’ enfin l’odeur d’un pre,qu’ils avoient fentie en allant en suite d’une terre labouree, ne lespouvoit pas conduire a cette terre en retournant ; puifqu’ alors il fal-loit passer par le pre avant que de passer dans la terre : tout de memeil faudroit croire , que l’image qu’ils auroient confervee du bruit d’unmoulin , pres du quel iis auroient passe avant que d’entrer en un vil-lage, les auroit fait egarer, s’ils ne s’etoient servis de la mente pre-caution , fqavoir , que 1’ordrc des chofes etant en revenant toüjourscontraire a celui dans lequel on les a trouvees en allant , il'faut con-clure que si 1’on fe veut conduire par cet ordre, on dost necessaire-ment le renverser.
Car de dire, que ces chiens sentoient leur ancien Maitre de cin-quante ou soixante lieues, & apres un long dpace de temps , je ne
crois