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»sement me que ce qui arrive ä ceux qui etant emportez dans ün bäteau par lepomt la cours d’une riviere, croycnt que le bord marche, ou ä ceux qui etantau'bout ^ es V eux f crmez dans un carrosse , croyent aller en avant, quoiqu’ iisdes doi<rtsodient en arriere : car toutes ces erreurs viennent de ce que Ia fenfa-qu’ iis ° tion ne fe fait jamais fans quelque jugement, Ibit bon , soit mauvais.croyent Ainsi lorlqu’ on est empörte les yeux fernaez dans un carrosse , parcej entir. j e mouvement qu’il a en avant n’a rien par-ou le toucher le puif-fe distinguet de celui qu’il a en arriere, le feul mouvement, qu’il a enen- haut & en en-bas par les cahots , etant sensible , le moindre acci-dent qui porte 1’imagination a croire que l’on va en avant, y sait ne-cessairement arrecer le jugement.
De meme le mouvement , qui se sait a l’egard d’un homme qui estdans un bateau , etant imperceptible ä 1’egard de fon toucher, &n’etant sensible qu’a sa vüe , la circonstance qui sait errer le jugementest, que 1’ammal n’etant point aceoutume de voir changer de placeles objets que lorfqu’ iis sont remuez pendant qu’ il est en repos , oulorlqu’i 1 se remue pendant que les objets sont immobiles, la connoif-sance de son propre mouvement lui manquant, il conclud neceslaire-ment que ce sont les objets qui remuent.
Par une semblable raison , 1’animal, qui n’a pas fait encore asses dereflexion fur la perte de fon bras , & qui est aceoutume a juger quequand il scnt de la douleur a l’extremite du membre qui est attachea l’epaule , c’est a fa main qu’ il la sent , prend aisement la douleurexcitee a 1’endroit ou le bras a ete coupe pour une douleur de la main;parce que cette douleur est a l’extremite du membre qui est attachea Pepaule. Et je ne trouve point que cet esset soit mieux expliquepar la continuation de 1’ebranlement des fibres qu’ on suppofe devoirporter 1’image de la sensation julque dans le cerveau : car dans cettehypothefe il faudroit fuppofer , de meme que dans la mienne , une er-reur dans le jugement du toucher, qui prendroit 1’impreffion de ladouleur faire a l’extremite des fibres du membre mutile pour une Im-pressen faire a la main, puifque 1’ebranlement des fibres fait a l’extre-mite du membre mutile n’etant point tout-a-fait pareil a celui qui fefaifoit autrefois dans les fibres de la main , il faudroit que le cerveau.suppleat quelque chose que cet ebranlement des fibres du membre mu-tile ne lui fournit point. Quoiqu’ il en soit, il faut dire que de quel-que maniere que 1’ame connoisse cette douleur, eile en juge toüjoursmal en ce cas-lä ; & qu’ eile est fouvent fujette a fe tromper, fi eilen’employe l’experience & le jugement distinct , pour lui scire exami-ner les circonstances du jugement confus que 1’ame fait dans les fensii-tions.
Que le ja- Dans les actions de la vüe & de l’oui'e l’on, n’a pas ordinairementgement tant besoin de ces precautions; & il arrive rarement que le jugement
scb'tuef & i'stifonnement distinct: soient necessiires poqr corriger les erreurs,
que