TROISIEME PARTIE. Chap. IV. 289
que les objets de ces sens peuvent causor. II a deja ete explique , avec suffit äquelle certitude le jugement habituel & confus opere dans la vüe , en la vue.falsant qu’on ne prend jamais le haut pour le bas, ni le droit pour legauche , quoique Fimpreffion des objets ait toüjours une situationopposee a celle qui eit la veritable. La distance , qui apporte auffide grands changemens a Fimpreffion qui se fait dans Forgane de lavüe, a caufe du changement qu’elle apporte ä la grandeur & ä ladistinction -des parties des objets, ne nous trompe que rarement, le■jugement de la vüe ayant une justesse admirable pour diicerner in-railliblement les differentes raisons , par lesqueiles les images qui sontdans Forgane , selon la distinctiori Lc la grandeur qtselles y ont, peu-vent fignifier la grandeur & Feloignement veritable des objets, encomparant ies grandeurs aux indices que l’on peut avoir de Feloigne-ment . & c’est par ce rnoyen qu’un homme, qui ä la disiance de centpas est auffi grand dans Fceuil qu’une tour beaucoup plus eloignee ,ne paroic avoir que sa grandeur naturelle : car le jugement de la vüeayant examine dans les images de la tour & de Fhomme , imprimeesfur la retine, toutes les raisons qui peuvent donner des indices de Feloi-gnement different de ces objets, il conclud que Fimage du plus eloi-gne devant etre plus petite, la tour qu’il connoit etre plus eloigneeest beaucoup plus grande que Fhomme , puiique son image est auffigrande que celle de Fhomme. Or pour ce qui est des indices de Feloi-gnement des objets, iis fönt tellement certains qu’il est presque im-poffible que le jugement de la vüe y soit trompe. Ces indices sontle changement de couleur & la distinctiori des parties : car a propor-tion que les choses sont eloignees , leur couleur va s’effhqant , & leursparties paroissent moins distinctes. La Peinture , qui pour reprefen-ter Feloignement observe fort bien cette diminution des couleurs , &cette confusion, ou plütot , s’il faut ainsi dire, cette indistinction desparties , ne trompe point le jugement de la vüe , parce que st le ta-bleau est proche , on void fur la toile des eminences & des enfonce-mens veritables, qui aux endroits, oü les couleurs affoiblies & lesparties non distinctes doivent reprefenter un eloignement, prefententa l’oeuil des jours & des ombres avec la sorce & la distinction des cho-ses proches, ce qui fait connoitre Fimposture; & si le tableau est eloi-gne , Finterposition de Fair qui fait comme une fumee , par laquellela couleur naturelle est egalcment changee par-tout, ne donne pasaux choses , qui y sont reprefentees avec des eloignemens differens,ies degrez de diminution & d’affoibliffement qu’elies doivent avoir,selon les distances qui y sont reprefentees par la grandeur differentedes parties.
Dans Foui'e le jugement habituel a auffi rarement besoin d’etre cor- Qu’ ;!rige par le jugement expres & distinet , le jugement habituel de ce sl '^Fsons etant fbnde , de me me que dans la vüe , für des observatioos as-
Tome //. Oo -ses