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Tome premier.
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DE L A MÜSI Q^U E

• & par la justesle de la voix charme nos sens * la Peinture par Ia simplerepresentation des paffions, de merae que Ia Musique par les accens Scpar les modes ou gais ou tristes nous caule des emotions de joye ou detristeste & la Peinture par 1’kigenieusc & artiste .representation de cequ’elle veut represcnter, de merae que la Musique par le fcavant me-lange £c par la belle suite des consonnances contente 1’esprit, & luicause une admiration , oii le cceur Sc les sens ont fort peu de part;comme au contraire ce qui est pour toucher les sens & le-cceur n’aque faire pour cela d’aucun artifice , & y reiistit mieux par 1’exposi-tion nue & simple de la chose merae teile qu’elle est dans fon nature!,que si Ton apportoit beaucoup d’efprit pour la represcnter , parce queles restexions & le raifonnement , qui font necesiaires pour gouter leschoses ou 11 y a beaucoup d’efprit , detournent 1’ame de cette entiere& attentive application, dont le cceur & les sens ont befoin dans leursoperat-ions.

Fourquoi 11 ne saut donc pas s’etonner si les Musiciens & lesPeintres de l’An-les Musi- tiquite faifoient de si grands miracles avec si peu d’art , puifqu’ils necte.ns & les s’etudiöient qu’ a toucher le cceur 8c a conterner les sens; ce qui estde^Arni- bi en P^ üs st ue sltisfaire 1’efprit ; parce que le cceur peut aimerquite pou’egaleraent tous les objets , & merae quelquefois plus fortement lesvoientfai-moins aimables } ce qui n’arrive pas a 1’efprit, qui n’est point fujet/ e aux aveuglemens dont le cceur est capable , & qui n’estime ordinaire-

mfracfes ment ses choses qu’ a Proportion qu’elses font estimables.avec si peu C’est pourquoi ceux des Anciens qui faifoient profestion de la Pein-d’at-t ; ture & de la Musique , voyant qu’ iis reiistissoient asses dans ces Arrsen touchant les sens & le cceur, & que cela leur nttiroit des approba-Efnesc ^ons capables de fatisfaire tonte leur ambition , ne se font point misfont point en pone de chercher un autre genre de peifection, qui merae pouvoitmis en nuire au destein qu’ iis fe propofoient, qui etoit de plaire a la multi-yeine? tude , qu’ 11 est ordinaitement plus alle d'emouvoir par les sens & parle coeur, que par 1’efprit.

Que fai- Cela se remarque dans leurs Pieces de Theatre , ou iis faifoient va-foient-ils ] 0 j r Je merveilleux, letendre, le pitoyable, & lc terrible, bien moinspar les belles fentences & les ingenieuscs deferiptions, que par des ex-preffions na'ives , oii le fpectacle avoit plus de part que 1’eloquence.Cela se void dans les longues tirades d’interjections plaintives & lamen-tables , dont iis remplistbient leurs Pieces, qui persuadent mieux Scexpriment plus fortement les paffions que la plus belle Rhetorique.Differens ■ 11 en est de merae de la Peinture ; car si l’on expofe un tableaujg™' p e i n t avec tout 1’art & toute 1’industrie imaginables , ceux qui ri’ontvra ges ,j e 'pas asses de connoissance des fecrets de la Peinture pour voir ce quiBeimure. fast sii beaute , ne s’attacheront qu’ a ce qui est reprefente ; Lc si c’est

dans leursPieces deTheatre ?

un fujet pitoyable , par ex em ple , Medee qui egorge ses enfans , iisne remarqueront autre chose sinon queMedee etoit une miserable fem-

me s .