8o8 DE L’ORIGINE
ces, ou en foiiillant des puits dans ces sortes de plaines , oü l’on nemanque presque jamais de trouver de Ia glaise, & beaucoup de fableau desibus, d’une grande epaisieur, qui fert a faire le bätiment.
II faut encore concevoir que les plaines basies ne fönt faires quepour recevoir les eaux des pluyes & faciliter leur cours vers la Mer,bc c’est ce qu’on appelle rivieres ou fleuves ; 6c que le lieu bas ou fontsituees ces rivieres n’est qu’afin que toutes les eaux qui descendent desmontagnes s’y viennent rendre : la elles font fidellement retenues parla glaile qui esi: fous ce fable 8c qui les empeche de penetrer plus bas.
Jecroi qu’on demeure bien d’accord qu’siy ade la glaise fous le coursdes Rivieres , puis qu’ on y en trouve foüvent quand on y prend dufable pour bätir > 6c de plus 1’apparence y est toute entiere , parcequ’ autrement elles entreroient dans la terre & fe perdroient : auffi envoit-on en plusieurs endroits du Monde qui entrent dans la terre , 6cen fortent par apres en d’autres lieux. Ce qui caule cet accident nepeut etre autre chofe , sinon qu’a 1’endroit ou ces fortes de rivieresentrent dans la terre, la glaise qui les soutenoit vient ä s’abaisier toutd’un coup , & en meine tems l’eau de Ia riviere qui la fuit, trouve ence lieu-lä des pierres 6c des rochers, entre lefquels eile pasie , fuivanttoüjours fa glaife qui la fbütient; taut qu’ enfin le terrain de desiuss’abaisiänt ausii petit ä petit rencontre ce lit de glaise,& laisie ainsi sor-tir la riviere qui continue de couler ä fon ordinaire fur la Terre.
II est evident ausii que les eaux des pluyes 6c des neiges qui tom-bent für les montagnes 6c fur les collines descendent dans les Rivieres:ausii voit-on qu’ apres les grandes pluyes 6c les grands degels , ellescroislent 6c font troublees ä caufe des terres que ces eaux entrainentavec elles, en fe faifant un chemin vers les Rivieres,qui est felon le ha-zard 6c la rencontre de la pente , 6c meme l’on voit que leurs bordsiont coupez par tout par les eaux qui y ont pasie.
Et quoi qu’ il femble qu’ il n’y ait que les grands orages qui puislentfaire tomber ces eaux dans les Rivieres en la maniere que je le pre-tends, ce qui arrive trop rarement pour y sonder la fublistance des Ri-vieres,. qui ne feroient plus que des torrens ; il est certain neanmoinsque fans orage les Rivieres croisient 6c debordent , comme il arriveapres les longues pluyes 6c les grands degels de l’Hyver oü il ne fefast point d’orages, principalement quand la terre fe trouvant geleefous la neige lors quelle fe fond ne peut pas en boire les eaux. Carcomme en ces tems de pluye 6c de degel l’air est beaucoup humide,6c la terre gelee ou moüillee par tout, les eaux qui tombent desius nefont n’y evaporees, n’y beues par la terre ou du moins fort peu: c’estpourquoi il faut neceslairement qu’elles coulent dans les Rivieres quifont toüjours dans les lieux les plus bas des vallees , 6c qu’elles y en-trent par quelque moyen que ce foit, ou par desius ou par dessous leursbords, ou par des ruisleaux particuliers ou autrement.
Il