DES FONTAINES, II. Partie. 827
prochaine; tout le reste doit etre soupgonne n’etre que des ecoule-mens de ces rivieres voisines, qui s’ecartant dans les sables ä droit 6c &gauche y rencontrent des lies de glaife , dont la pente ne fuit pas celledu lit de la riviere d’oir iis fortem , qui etant foütenus presque deniveau par un long efpace de chemin, coulent doucement fpus la plai-ne ou fous la cote entre les pierres du tuf; 6t enfin viennent ä fortirpar une ou plusieurs ouvertures qu’ elles fe fönt, 6t qui fe trouvent dtreen ce lieu-lä beaucoup plus hautes que le courant de la riviere, ce quiles fait prendre pour des fources. II en est de merae de ces fourcesqu’on dit dtre dans de certains puits dont le fond est plus eleve que lecourant prochain des rivieres , & que par cette raifon Ton appellesources} ce ne fönt point de veritables sources , ce fönt de ces memesecoulemens dont on rencontre le cours dans ces puits; celles qu’ontrouve dans les mines , au fonds des rivieres, 6t au fond de la Mermeme , fönt encore moins des sources que les autres: car ce ne föntque des eaux qui viennent par un cours naturel, ou des rivieres d’alen-tour, ou des plaines memes qui fönt remplies par tonte leur etendue,comme nous avons dit , des eaux que les rivieres leur ont communi-quees, 6t qui rencontrant des canaux bien joints , comme il y en abeaucoup dans la terre , fe conduifent au fond de la Mer 6t des Ri-ivieres par les ouvertures qu’elles s’y fönt.
Pour faire voir qu’il y £ des rivieres qui ont des pentes plus fortesque d’autres , 6t en des endroits plus qu' en d’autres > je räporterai icideux exemples , l’un est de la riviere d’Estampes, distante de la villede Paris d’environ fept lieues, qui entre dans la Riviere de Seine k laville de Corbeil. L 'on a eu desiein n’aguere de tirer des eaux de cet-te riviere un peu au dessus de fon emboüchure pour les conduire ä Pa-ris, 6t les livrer für le baut de la montagne de fainte Genevieve , quiest elevee de plus de cent pies au dessus du courant de la Riviere deSeine en ce lieu-lä. Je fqai bien qu’on a voulu trouver de la difficul-te au dessein qui en a ete propole, ä caufe qu’on pretendoit que lapente n’etoit pas süffisante pour livrer ces eaux au lieu ou l’on le pro-posuit : mais quand il y auroit eu quelque chole ä dirninner de cetteelevätion (quoi que je foütienne qu’il ne saut point de pente pourconduire de l’eau, 6t que la pente ne fert que pour la faire couler avecplus de vitesse) il est toujours certain que ces eaux-lä pouvoient etreeonduites en.un lieu beaucoup plus eleve que le courant de la Rivierede Seine, 6t assez pour ä leur fortie passer pour une fource qui auroitparu prodigieufe ä celui qui tfauroit pas sqü ce que c’eüt ete.
L’autre exemple est de la Riviere d’Orne en Normandie , la quellea de pente depuis Argentan jusques ä Caen trois cens quärante pies,6t fait de continuelles cafcades. Cette pente a ete examinee par ordredu Roi , 6t fe peut encore aisement justifier par les moulins qui föntfür cette riviere, dont les chutes prouvent cette verite.
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