DES FONTAINES, II. Partie. 829
l’autre d’environ cent toifes , dont on vouloit faire conduire les eauxdans un canal au bas de ce pre. Comme l’on eut fair faire une tran-chee pour recevoir l’eau de ceile qui etoit Ia plus haute , l’on vintavertir qu’il ny avoic plus d’eau dans l’autre fontaine r on fe douta dece que c’etoit, 8c pour en etre aflüre l'on sie refermer la tranchee 8cremettre la pre miete fontaine en fon premier etat : alors celle quis’etoit tarie recommenca de couler ; ce que l’on reitera par plusieursfois avec un femblable fucces, 8c cela fe faisoit avec autant de promti-tude & de facilite que s’il y eut eu communication de l’une ä l’autrepar des tuyaux bien joints.
En Normandie , les Rivieres de Drome & d 'Aure se joignent pres, de Bayeux en un endroit oü elles fe perdent appelle la solle du fouci,distant de la Mer d’une bonne lieue ; ce qui caufe cette solle est qu’ ils’eleve en ce lieu-lä une colline qui s’opofe au cours de ces deux ri-vieres , 6c les empeche de le continuer vers la Mer , oü elles ne laistsent pas d’aller en passant par defous cette colline : ce que l’on jugeparce que quand la Mer s’est retiree l’on voit fortir du fond du riva-ge ä l’opposite de cette colline beaucoup d’eau , que l’on croit etrecelle de ces deux rivieres, qui s’eleve ä gros boüillons de trois ou qua-rre pies de haut par des ouvertures qui fönt dans les pi erres dont toutle rivage est compofe. Cette eau est douce 8c fort claire , 6c ne for-tiroit point ä boüillons s’il n’y avoit des canaux fous la terre capablesde la tenir enfermee asiez pour la faire jaillir comme eile fält, autre-ment eile couleroit paisiblement 6c fans violence.
Pres de la ville de Vermenton en Bourgone , ä une demi lieue d’unvillage nomm& sirey , il y a une caverne Ibus terre d’une Iongueur 6cd’une capacite etonnante : l’on Fappelle les grottes dMrcy , ä caufe,comme je croi , du voisinage de ce lieu , 6c des congelations differen-tes 6c admirables qui s’y voyent en quantite , reprefentant les rocaillesdes grottes de nos jardins. J’en ferai ici une delcription fommaire quine fera pas inutile ä mon sujet, ni peut-etre desagreable a entendre;6c je m’assure que l’on ne sera pas fache st ce recit interrompt la suitede mon discours pour quelque tems, non plus que je ne l’ai point etequand la curiosite de voir ces grottes' m'a fält detourner de mon che-min. Ce village tfArcy est für le bord d’une petite riviere nommee laCure , ä peu pres de la force de celle d'Eflampes. En ce lieu d 'Arcyoü fe voyent les restes d’un vieux pont rüine, finit un grand demiCercle que le cours de cette riviere a commence ä un quart de lieue audessus, 6c dans lequel eile enferme une portion de terre qui defeend detous les cotez vers cette riviere-, comme fönt les cotes d’un vignoblej,le deffus est plat ä l’ordinaire , 6c ce fönt des terres labourees & cuiti-vees comme ailleurs. A l’endroit oü commence ce demi cercle est unegrande arcade d’environ quinze toifes de large , d’une röche naturelle j,dont le ceintre est comme celui de l’arche d’un pont qui auroit ses.
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