INTRODUCTION.
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partout le centre ou le noyau d'une petite république, gouvernéesoit par des chefs choisis pour peu de temps, soit par des princesélus pour leur vie, souvent dans la même famille, cl nommés rois.Tous ces petits étals étaient réunis sous le vaste réseau de l'in-fluence religieuse des druides. Ces prêtres, à l'esprit, sombre, maisjustes en bien des choses, avaient une organisation hiérarchique,cl différents collèges qui obéissaient, dit-on, au chef du collègeprincipal établi dans les forêts du pays de Chartres . Ce furent euxqui s’opposèrent le plus long-lemps aux progrès des Romains.Leurs femmes participaient à l’ascendant moral qu’ils possédaientsur les populations gauloises. Nous ne pouvons exposer ni leurorganisation, ni leurs pratiques, ni leur morale, qui paraît, saufles sacrifiées humains et quelques superstitions, avoir été assezpure.
La Gaule était alors divisée entre trois grandes nations : lesJiclges, très mélangés de Germains , en occupaient le nord; lesGallu-CHlcs , le centre et une partie du sud; les Aguil/tius , unefaible lisière parallèle aux Pyrénées , et s’étendant le long de laMéditerranée et de l’Océan. Nous avons nommé l’espace renfermédans la Provincia. Après la chute de la république, Auguste com-prit la conquête de César dans les soins qu’il donnait à l’organi-sation de son vaste empire. 11 vint dans les Gaules , en lit faire ledénombrement, y éleva des villes, en embellit d’autres, ouvritdes roules militaires, creusa des ports, s'appliqua à guérir quel-ques-unes des plaies les plus apparentes; enlin, consacra, sanstrop le moditier, l’ancien régime municipal. Les Gaulois lui élevè-rent des autels.
Ses successeurs imilèrenlson cxcmple.La Gaule se latinisa peu àpeu, s’ouvrit aux muairs, aux arts, aux lois et même aux dieux deHome; mais elle participa en même temps à toute sa corruption, àtoute la ruine qui menaçait alors cette reine de l’univers. Accablésd’impôts et d’exaction, les Gaulois se soulevèrent souvent. Vespasieudut traiter avec eux. Bientôt même, au sein de la plus heureusefertilité, d’un commerce (lotissant, d’une civilisation en progrès,leur misère s’accrut de jour en jour, et le bien-être s'enfuit toutà fait des campagnes pour ne plus se montrer que çà et là dans lesvilles. Enfin, la Gaule devint le champ de bataille des légions en-nemies cl des aspirants à l’empire, et quand les invasions barbaresarrivèrent s’ajouter à tant de désastres, le pays qui avait résistédouze ans à César ne linl pas un jour (-outre les hordes sans disci-pline de la Germanie; et cependant, les Komaius le défendaient !Mais avant d'aborder celle nouvelle phase de l’histoire gauloise ,nous devons dire un mol des divisions qu'on y établit, des peuplesprincipaux compris dans ces divisions, cl de leurs villes. Nousverrons combien de noms anciens sont parvenus jusqu’à nous.Ceux desdivisions dérivent presque tous de 1a ville principale, soitromaine, soit gauloise.
Nous ajouterons aussi «pie vers le milieu du deuxieme siècle, lechristianisme vint consoler un peu la Gaule de scs malheurs. LesGaulois ne furent ni des derniers, ni des moins ardents à l’adop-ter. Le sang de leurs martyrs coula souvent à Ilots. Enlin , Cons-anlin-le-Grand permit le libre exercice de la bienfaisante reli-gion vers 312.11 se tint à Arles , deux ans après, un concile célèbre.Bientôt aussi le clergé gaulois ne tarda pas à devenir très puissant.
§ IV. Dernière division romaine de la Gaule .
La dernière division établie dans les Gaules était duc à Gralien ,après lequel, au bout de trois règnes, l’empire romain se séparaen empire d’Orienl et empire d’Oecidcnt, sous les (ils de Théodose .Avant lui, Probus avait partagé les Gaules en sept provinces; puisDioclétien avait établi trois provinces de plus ; Gratieu en ajoutacinq, ce qui fil en tout dix-sepl.
Au nord, la seconds Belgique comprenait le territoire qui forma pluslard la Belgique , la Flandre , l’Artois, le nord de l’Ile-de-France eidela Champagne . On y remarquait les Morini et les Neroii, les Atrebates ,1 s Ambiani, autour d’Amiens ; les licllovaci autour de Beauvais ; les Sues-sûmes, autour de Boissons; les licmi, près de lleiius ; les Calaluuni, dansles plaines de Chàlons.
A la pnr.MiÈiiE Belgique, correspondraient le duché de Luxembourg etune partie du territoire de Trêves et de la Lorraine . Les Mcdiomatrici,dans le pays de Metz ; les f'erodunenses, dans celui de Verdun ; lesLeuci , entre Bar et Toul , et autour de ces villes en étaient les peuples lesplus considérables.
La puEHiÈuE Giuhanie s’étendait à droite et A gauche du llhin. Danslu partie correspondante à notre province d’Alsace , on distinguait les Tri-bocci, aux alentours de Strasbourg , et les llauraci au-dessus d’eux versColmar .
La Guande Séquanaise, occupait la partie sud du territoire dont fut for-mée l’ancienne Bourgogne , celui de la Franche-Comté , de la Bresse etles lisières de la Suisse . Les Scquani , qui y régnaient jusqu’à l’Hcbétie,lui avaient donné leur nom.
La piiEMiÈUE Lyonnaise aurait compris notre Lyonnais avec le Beaujo-lais et le Forez ; plus, les extrémités sud de la Bourgogne et du Nivernais .Elle avait pour peuples principaux les Ættui ( æduens ), les premiers al-liés des Komaius parmi les Gaulois, et très puissants ; les Ambarri, quiavaient envoyé les premières colonies gauloises en Italie .
La QUATitiÈME Lyonnaise s’étendait à l’ouest et au nord de celle-ci ; elleaurait compris le reste du Nivernais , "Orléanais, la l’rie, cl une grandepartie de lTle-dc-Franre. Les l’arisii, les Mcltli , les Scnoncs, les Tri-casses, les Aurcliaui vers Paris , Meaux , Sens, Troyeset Orléans, s’y fai-saient remarquer.
La seconde Lyonnaise aurait compris la Normandie : on y distinguait lesEburoriccs, vers F.vreux ; les Culeti , dans le pays de Caux; les Sait, danscelui de Seez ; les l.cæotii et les Ilaiocascs, dans ceux du Lisieux et deBayeux , les AvrincaUr, dans celui d’Avranehcs.
A la troisième Lyonnaise correspondraient à peu près la Bretagne avec le Maine, l’Anjou et la Touraine . Elle comptait lies peuples célèbres.Les Vcncti , navigateurs hardis, de bonne heure cncontact de commerceavec les Phéniciens , habitaient le teiritoire de Vannes . Les ISammrles,celui de Nantes ; les Hedimes , celui de Bennes; les Cemmani, celuidu Mans ; les Andccaei, celui d’Angers ; les Turones, celui de Tours .
Au midi de celte province, une partie du Poitou, le Berry , le Bour bonnais , la Marche, l’Auvergne , le Limousin , le Velay, le Gévan-dan , et une grande partie du Languedoc occidental, auraient été com-pris dans la première Aquitaine. On y remarquait surtout les puissantset belliqueux Arrcrni, l;s Lcmnvices (Limousins ) , les Cadurci, autourde Caliors , les Iliiuriges cubi, vers Bourges .
Dans la seconde Aquitaine on retrouve le reste du Poitou , la Sain-tonge, l’Aiigoumois, le Périgord et en général la Guyenne. Les l’icloncsou l'iclavi (Poitevins); les Jliiuriges vivisci, i Bordelais )\ les Santones(dans la Saintonge ), y occupaient des rangs distingués.
La Noyemuopulanie aurait compris les Landes de Gascogne avec le reste(1e celle'province, le Béarn cl la Navarre. Nous citerons parmi ses peu-ples, les lluii picci qui recueillaient la résine des pins landais ; les Ausci ,vers Audi ; les larbclli, vers Tarbes ; les Iligcrroncs , habitants de lavallée de Bigorre et du Béarn.
On peut rapporter à h première Naiibonnaise le Roussillon et le comtéde l-’oii ; 1rs l’otces arccomi ou orientaux, et les Volccs icctosages,qui donnèrent au pays d'Ancyre en Asie , le nom de Galalie, l’habi-taient. La seconde Nariionnaisk aurait compris la plus grande partie dela Provence : on y trouvait les Tricorii les Sallurii et les Auxibii, peupladespresqu’iiulmnptables.
La Viennoise aurait compris le nord de la Provence avec le Dauphiné.Ses peuples surtout les Allobroges sur la rive droite du Rhône ; les f'o-eontii, les llehii, dans l'Ardèche ; enfin l’est de la Provence cl du Dau-phiné, avec une partie du Piémont, aurait formé les Alpes maritimes. Ony remarquait les Caturiges.
Les doux autres provinces, la seconde Germanie au-delà du Rhin , et lesAlpes grecques, étaient entièrement eu dehors de notre territoire.
§ Y. Invasions des Bourguignons , des Fisigolhs et desFrancs
C’est, au milieu de celle division de la Gaule , au milieu des in-fortunes et de la faiblesse dont nous avons parlé, que, vers lecommencement du 5 e siècle, les Visiijolhs et les Vurgundes ouIloiuguignons , y arrivèrent. Ces peuples barbares établirent sanspeine leur empire; les premiers, dans les provinces du midi, etmême en Espagne ; les seconds, dans les provinces de l'est. Ilsvenaient les uns et les autres des extrémités de l’Europe septen-trionale. D’une autre part, des peuplades germaines ayant, formé,sous le nom de Trafics, une ligue contre les Romains, s’avancè-rent au-delà du Rhin , jusqu’à la Moselle , et firent des coursesarmées au-delà, dans toutes les provinces du nord. Un a per-sonnifié leurs premiers chefs dans l’haramond, Clodion (nomslatins), Mérovéc ou Mercwig, qui donna son nom à la pre-mière race des rois Traites , et même à toute la réunion franquejusqu’à Charlemagne , dans Childéric ou Hildcrick. Ces chefs oud'autres, s’avancèrent successivement de la Moselle vers la Loire et l’Océan. Us occupaient les terres plulôL qu’ils ne les possédaient,et combattaient souvent pour les Romains contre les antres Ger-mains (En 102, les Bretons, chassés de leur île par les Anglo- Saxons , émigrèrent en masse dans la péninsule ouest de la troi-sième lyonnaise, cl lui donnèrent le nom do Bretagne .)
CHAPITRE III.
SXONARCHIE FRANQUE.
§ 1. De Clovis à Pépin -le Bref.
C’est ainsi que commença, en 481, IUodcwig (Clovis ). Mais aussirusé politique que guerrier ambitieux et hardi, appelant les Gau-lois à la délivrance, se servant d’un ennemi contre un autre en-nemi, il ne tarda pas à demeurer seul dans la Gaule du nord-est.Une première victoire sur les Romains les délivra de ces maîtres