XX
INTRODUCTION.
délabré les finances ; mais la littéral lire, les arts et le commerce 11 ediscontinuaient pas de prospérer.
Quoique Louis eût déclaré qu'il gouvernerait seul, il n’en con-fia pas moins la direction des finances au protégé de Mazarin ;Louvois eut le département de la guerre. Ces deux hommes de gé-nie élevèrent en peu de temps, la France au premier rang en Eu rope . Rétablies par Colbert , les finances permirent l’entretien deplusieurs gl andes armées, l'établissement «l une puissante marine,la colonisation du Sénégal , la complète de la Flandre, celle de laFranche-Comté que Louis XIV revendiqua comme dot de Marie- Thérèse , à la mort de son beau-père. Sully avait porté la splen-deur agricole du royaume, à un point remarquable; Colbert établitdes manufaellires, creusa des canaux, traça des routes. On luidut en partie la création de l’Académie royale de sculpture et depeinture, de 1 Observatoire de Paris , de la manufacture des (lobe-lins , le dictionnaire de l’Académie : en un mot , il fut un des prin-cipaux sinon le principal auteur de la splendeur de ce siècle, au-quel ou donna le nom de Grand. Louvois ne se distingua pas moinsdans sou ministère : ce fut lui qui conçut, les victoires que rem-portèrent les il’Estrées, les Duquesne, sur mer; les Coudé , les lu-ronne, les Vauban , les La F'euillade, les Luxembourg , les d'Hiirlibères, sur terre.
Cependant une entreprise de Louis XIV sur la Hollande en 1072,entreprise qui est presque une conquête, arme contre lui celtepuissance, l’Espagne et l’Empire. Quoique victorieux, le roi pro-pose la paix de Nimègue . Celte paix assure à la France la posses-sion définitive de la Flandre, de la Franche-Comté , et ajoute à noscolonies File de Corée . Elle est signée parles puissances ennemies.Mais bientôt la prise de Strasbourg par ruse, en temps de paix ,l’armement formidable de llresl et de Toulon , et la création d unemarine presque exorbitante, le bombardement d’Alger , et peut-être aussi la révocation de l’édit de Nantes qui, au milieu de mas-sacres et île troubles dans le Midi , chasse de France une Ionie defamilles protestantes, et ruine ainsi l'industrie de plusieurs villes,et même de quelques provinces; enfin d’autres actes qui dénon-cent que tamis XIV veut aussi bien dominer à l’extérieur qu’audedans de son royaume, amènent une nouvelle coalition de l’Eu rope contre lui. 11 fait face à tout. Mais vainqueur dans le Nord ,à Fleurus, Sleinkerque, Neerwinde, par Luxembourg ; dans le l’ié-mont, à Statîardcs et Marsaiiles, par Câlinât, il perd toute samarine au combat de la llogue, qui donne definitivement la pré-pondérance à celle de l’Angleterre. La paix de Risvvick terminecelle guerre, et pour la première lois n’accroH pas nos complètes(1097). Sur ces entrefaites, Charles II , roi d’Espagne , institue pourson héritier Philippe d’Anjou , petit-fils de Louis. Celui-ci accepte ;l’Europe revient dans la lice, et désormais sa victoire est moinsbalancée. Marlborough pour l’Angleterre, le prince Eugène, Fran çais , pour l’Empire, mettent la France à la veille d’une catastropheterrible. Alais le maréchal \ illars sauve tout à la victorieuse journéede Denain , et d’autres victoires en Espagne sont remportées pres-qu’en même temps; une paix est conclue à Ulrechl, par laquelleLouis cède à l'Angleterre quelques possessions en Amérique , etpromet la démolition de Dunkerque , le boulevard maritime delàFrance du Nord. En compensation Philippe d'Anjou conserve letrône d’Espagne , mais renonce à perpétuité pour lui et ses descen-dants à tout gouvernement en France (1713).
Celte humiliation et la perle de toute sa famille conduisirentpromptement Louis XIV dans la tombe. Ce prince avait un instantbrillé comme un météore éclatant, faisant pâlir autour de lui lesplus belles renommées. Passionné pour tout ce qui pouvait accroî-tre la splendeur delà monarchie et la gloire de son règne, il prodi-gua dans les guerres et dans la construction de palais inutiles dessommes prodigieuses. Mais nos meilleures forteresses, quelques-uns de nos plus glorieux établissements, comme l’iiôtel des Invali des , le canal des deux mers, dans lequel sans doute Colbert et celuiqui le conçut, Kiquel, ont la plus belle part .datent de son règne.Rien de ce qui lui fut proposé de noble et de grand, même d'utilepar ses ministres ne resta incompris de son esprit le plus souventélevé: il sa rencontra avec les hommes les plus distingués dans tousles genres, et par ses encouragements, s’associa à leur gloire.Corneille qui brilla surtout sous Richelieu, Roileau, Racine, Mo lière , La Fontaine, La bruyère, Fenélon , Bossuet , Massillon, Rour-daloue, Pascal, Mallcbrauche, le continuateur de Descartes , qui
précédemment avait fondé sur une base à jamais illustre la philo-sophie française,et détrôné Aristote ; Lcsucur, Puget, Perrault,Lenô-Ire,Tournefort, les immortels généraux que nous avons nommés,des savants et autres étrangers appelés par lui, Vandcrmeulen ,lluygens, Vossius , Bcrnouilli, et tai.td’autres célèbres génies, for-mèrent autour de son trône une pléiade, l’honneur éternel duXVII e siècle et delà France qui conquit par elle la placeqn’olle oc-cupe aujourd'hui, à la tête de la civilisation. Enfin, si Louis XIV eut toutes les faiblesses de 1 homme, il supporta ses levers avecdignité. Mais son moi, l’éclat de son règne et de sa cour, l’ab-sorbèrent toujours trop ; le peuple réduit à néant, pour ainsi dire,accablé d impôts, alluma des feux de joie le jour de sa mort ; lesseigneurs qui, devenus, depuis le plus puissant jusqu'au dernier,des courtisans assidus, lavaient adoré comme une idole, ac-compagnèrent à peine son convoi, et le parlement, au mépris deses dernières volontés, confia la régence pour Louis XV , son ar-rière-petit-fils, au due d'Orléans (1715).
Pendant la régence de ce prince d'un esprit politique et fin, maisplus fait pour régner sur les salons d'une noblesse démoraliséeque pour gouverner dans une noble route un grand peuple ; lesquinze millions de dette publique laissés par Louis XIV ne dimi-nuèrent pas. Au contraire, la création d'un papier-monnaie, quidevait suppléerait manque d’argcnl, augmenta les embarras fi-nanciers. D’un autre côte, la politique du due d’Orléans et de sonministre Dubois ralliait âlal'ranee ses anciens ennemis, et réparaitune partie des désastres du règne précédent. Le cardinal Fleuryprit les rênes du gouvernement peu après la mort du régent, en1728. Homme de staluquo, il fit tout pour maintenir une paix qui,seule, pouvait relever la monarchie. Cependant une occasion d’a-battre encore la puissance de l’Autriche s’étant présentée, il pritles armes avec l’Espagne et la Savoie pour Stanislas, prétendantau trône de l’ologne. Le traité de V ienne, qui termina la guerre(173(1), céda, en dédommagement, à Stanislas, la Lorraine et leduché de liai’ pour rev enir à sa mort à la France . Une nouvelleguerre éclata bientôt après pour la succession de rcmpereurChar-les VI, disputée entre l’électeur de Bavière , le roi d'Espagne et ce-lui de Pologne l.a France se déclara pour l’électeur; l’Angleterre etla Hollande prirent parti pour Marie-Thérèse , fille du défunt, etanéantirent le reste de notre marine. La glorieuse bataille de Fon-tenoy, gagnée contre les Anglais , ne nous assura aucune prépon-dérance. Après une paix conclue à Aix-la-Chapelle , et qui ne ter-mina rien, une autre paix, conclue au bout de sept ans, terminacelle guerre, à Versailles , en 1703. Elle cédait aux Anglais presquetoutes nos colonies d’Amérique . Cinq ans plus lard Gènes nouscéda la Corse; on acheta aussi les colonies de la Compagnie desIndes: Chandernagor , Malié, Pondichéry . Tout cela fut un très légerdédommagement au démembrement de la Pologne , toujours lafidèle alliée de la France !
Plusieurs fondations utiles, comme celle de l'Ecole militaire ; desembellissements dans plusieurs villes ; l’achèvement, des trav auxcommencés sous Louis XIV , signalèrent le règne de Louis XV .Les Montesquieu , les Voltaire , soutinrent I héritage du grand siè-cle ; il se lit dans les sciences mathématiques de très grands pro-grès. On entreprit de lointains voyages pour l’avancement de lagéographie. D’autre part, une corruption affreuse s'introduisitdans tous les grands corps de l'Etat; les licites s’accrurent detrente-quatre millions de rentes annuelles. L’impôt, qui ne pesaitque sur le tiers-état, c’est-à-dire sur tout ce qui n’était ni l'égliseni la noblesse, avait été affermé à des financiers qui en prclevaiei.lla plus forte part. Cependant les prodigalités de la eourconii-nuaient à êlre scandaleuses; de tous côtés les assemblées provin-ciales protestaient; elles étaient appuyées par le parlement. Detous côtés des publicistes s'élevaient avec audace contre le systèmedu gouvernement, contre l’abus que faisait le clergé de la religion,et contre la religion elle-même.
Tel était létal du royaume quand Louis XV'l s'assit sur le trône(1774). En vain il abolit definitivement les corvées et plusieurs autresdroits féodaux ; en vain, il réforma le luxe de la cour et en sou-tenant les efforts que firent alors les colonies anglaises d'Amérique pour échapper au joug oppresseur de leur mère-patrie, humilianos rivaux,et releva par contre-coup notre puissance maritime. Iln'eut point sur sa cour assez d influence pour lui faire imiter1 exemple de ses vertus. Le desordre se mit de plus en ; lus dans les