INTRODUCTION.
XXV
POPULATION, CONSTITUTION, ADMINISTRATION, JUSTICE,
CULTES ET INSTRUCTION PUBLIQUE.
Le coup d'œil rapide que nous venons de jeter sur le passé de notre patrie, a pu déjà nous faire présumer une partie de sesressources. Tant d’agitations civiles prolongées, tant d'invasions, tant de guerres soutenues au dehors, tant de conquêtes faites etperdues, annoncent des hases de force et de puissance dont la profondeur et la multiplicité sont tellement apparentes, qu’on les sentpartout sans savoir précisément en quoi elles consistent. Voici, à ce sujet, comment s’exprime l’un des hommes dont les travaux scienti-fiques ont eu le plus particulièrement pour 1ml la prospérité de la patrie. (M. Charles Dupin : Forces productives cl commerciales de laFrance ). Ses paroles ont trait à nos derniers désastres, si complètement et si rapidement cicatrisés. Écrites en 1827, elles doublent pourainsi dire de force, après le nouveau spectacle de l'ébranlement général causé par la révolution de 1830 et si vite réparé.
« De 1803à 1815,douze campagnes nous ont coûté près d’un million d’hommes, morls sur les champs de bataille, ou dans les prisons,ou sur les grandes roules, ou dans les hôpitaux ; nous a\ ons dépensé pour cela six milliards. Enfin la fortune lassée a brisé le sceptre denotre empire ; elle a détruit nos confédérations ; elle nous a ravi les annexes les plus utiles de notre ancien territoire : les départementsdu Piémont, les départements de la rive gauche du Uhiu, la Belgique et la Savoie .
« Deux invasions étrangères ont détruit ou consumé sur le sol de la vieille France pour quinze cent millions de matières premières oude produits, de maisons, d’ateliers , d'instruments, d’animaux indispensables à F agriculture, aux fabriques, au commerce. Et pour prixde la paix, au nom de l’alliance, notre patrie s’est vue condamnée à payer quinze cents autres millions, afin qu'elle ne pût trop tôt re-prendre le bien-être, la splendeur et la force. Voilà donc en douze années neuf milliards de francs enlevés à l’industrie productive de laFrance et perdus pour jamais. Nous voilà dépossédés de toutes nos conquêtes et deux cent mille étrangers campent sur notre territoire ;ils y vivent aux dépens de notre gloire et de notre fortune jusqu’à l’année 1818 (1).
« Eh bien! depuis 1818 jusqu'en 1827, en neuf années seulement, ces plaies sanglantes ont été guéries. L’œil cherche en vain les cica-trices. La patrie a réparé ses immenses malheurs ; elle est sortie de son épuisement ; et, grâce à son énergie morale, fruit heureux deses libertés, la voilà plus robuste, plus active, plus imposante que jamais. La vue des efforts qu’elle a faits pour renaître et reprendre samajesté première est le plus sublime spectacle (pic l'on puisse offrir aux nations.
<• Nous avions perdu quinze cent mille hommes en vingt-trois années de guerre ; la fécondité de nos mères a fait accroître la populationfrançaise (le deux millions cinq cent mille habitants. »
l’armiees ressources, dont la recherche et l’exposition appartiennent à la plus haute philosophie politique, nous sommes obligés dene choisir (pie les plus positives, c’est-à-dire celles (pie la statistique fournit. L’exposition des richesses naturelles de notre sol nousen a déjà montré un certain nombro. 11 nous reste à parcourir d’un regard celles qui résultent de la population et de ses divers travaux.
g 1. Superficie, population.
La France , dans les limites (pie nous avons indiquées page u,et sur une superficie de 26,7OU lieues carrées, nourrit une popu-lation de passé 33 millions d'habitants.
Nous avons donné ailleurs des détails sur l’origine et les sourcesde cette population. Elle n’est point répartie sur les divers pointsdu royaume d’une manière toujours égale. (Voyez Aperçus gene-raux des diverses régions.)
11 existe même à ce sujet de graves différences qui tiennent soitcomme pour les départements de la Seine et du Bhone, à la pré-sence de grands centres d’activité; soit, comme pour les départe-ments du Nord , de la Seine-Inférieure , du llaut-Uhin, du Gard , dela Loire , du Khûne, à l'agglomération des travailleurs nécessitée parla fréquence des établissements d’industrie; soit, comme pour lesmêmes départements du Nord et de la Seine-Inférieure , ceux duBas-Bhin, de la Gironde , etc., à la richesse du pays , à son étatd'instruction; soit, comme pour la Bretagne , à la constitutionparticulière des habitants , à leur nourriture, à leurs occupa-tions.
On a remarqué généralement, que les points les plus pauvresen population étaient ceux qui manquent de commerce cl d in-dustrie ; et (toi, par la nature de leur constitution physique, ex-cluent une agriculture suivie.
Gomme l’accroissement de la population est une des sources dela prospérité nationale, il y a long-temps que l’on s’occupe derechercher quel peut être sa loi moyenne pour toute l’étendue duroyaume, et de comparer les résultats de ces recherches avec lesrésultats obtenus pour les antres nations.
M. Charles Dupin a dressé le tableau suivant.
Accroissement annuel de la population des divers Etals.
La Prusse, sur mi million. 27,027 individus.
(iraiide-llrelagne. 10,007 »
Pays-Bas (Belgique et Hollande). 12,372 »
D.ux-Siciks. 11,111 •
(I) 1,’étal dos portes éprouvées par suile de la présence dos étrangers surnoire territoire, lut, dans un seul département, celui de l’Aisne , de 75 millions.
D’où il résulterait (pic la France est le pays le moins fécond enhommes ; et, ajoute le même auteur, en supposant que l’accrois-sement annuel se continuât tel qu’il est aujourd’hui chez les na-tions que nous venons d'énumérer, la France descendrait par degrés au-dessous d’elles. En effet, la population doublerait :
En l’iusse... en 26 années.
Dut» la Grande-Bretagne, en 42 •
Les Deux-Sicile?. en 63 »
Lu Bussic.. en 69 ■
Gc résultat, quoique critiqué par plusieurs savants, a été plei-nement continué par des faits postérieurs, cl c'est à regret quenous le constatons par des chiffres officiels. Ges chiffres les voici :
Itésultats des recensements quinquennaux en France depuis 1815.
F,il 1821, la population a été fixée à 30,465,29t individus.
En 1820. 31,845,428 ■
En 1831.. 32,500 934 >
En 1836. 33,540,908 >
Eu admettant comme exacts les chiffres de ces recensements di-vers, on voit (pie la population du royaume a augmenté dansune progression assez constante, mais dont le chiffre reste encoreau-dessous de l’estimation de M. Dupin;car l’augmentation décen-nale, c’est-à-dire de 1826 à 183(1, se réduit à 1,695,430 individus.Sans doute, cette augmentation eût été plus considérable si lafatale épidémie qui a si cruellement frappé quelques départementsen 1832 et 1833 n’avait fait dans les rangs de la population des ra-vages dont l’effet n’est pas encore effacé.
De même que la répartition de la population n’est point régu-lière , sou accroissement naturel varie avec les localités , suivantleur exposition atmosphérique, leurs richesses, leurs genresd’occupation. Il n’est donc pas sans intérêt de pouvoir recher-cher dans quelle proportion les diverses régions du pays pren-nent part à l’augmentation de sa population. Le tableau compa-ratif suivant, fournit, à cet égard, les renseignements les pluspositifs.
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