XI.1V
INTRODUCTION.
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Mais retondue des États n'est qu'un fardeau pour eux quandleur population ne se trouve pas en rapport avec celte étendue,ce qui a lieu pour la lîussie et l'Empire , ottoman; elle devientmême en certains cas dérisoire, comme pour la monarchie nor-wégiéno-suédoise, ou le Danemarck extra-européen. Comparonsdonc la population des diverses puissances avec leur étendue.
L’immense empire russe nous offrira : 1» en Europe , une popu-lation de 56,500,000 individus, ou 205 habitants par lieue, carrée;2» en Asie , une population de 3,600,000 habitants, ou de 5 habi-tants et 11 centièmes par lieue carrée; et, en Amérique , une popu-lation de. 50,000 habitants ou à peu près 2 habitants pour 3 lieuescarrées. L’empire russe , enfin, en rapportant la totalité de sa po-pulation, ne donne qu'une moyenne de 57 habitants par lieue g. c.
Si nous jetons ensuite un coup d'œil sur cette formidable popu-lation de 62 , 000 , 000 d'hommes, nous verrons un véritable amal-game. de. peuples qu’il serait trop long de nommer, et dans lequell’élément slave, n’est pas toujours dominant. Aucune unité de lan-gue, aucune unité de religion; très souvent aucune unité d’intérêts!Des populations hostiles, décimées, opprimées, esclaves ! Les mê-mes lois ne réunissent pas même ce colosse, car la toute-puissancedu czar, qui est le seul lien des forces de l’empire, la toute-puis-sance du czar est méconnue au moins ordinairement par vingt-cinq millions de ses sujets. Ajoutons à cela parmi les Russes propre-ment dits, parmi les Russes eux-mêmes, ces inégalités absoluesde, conditions qui ont toujours été une cause de ruine pour les em-pires. Chaque année quinze millions de paysans paient à l’État unimpôt à la seule (in de pouvoir disposer de leur personne. Deuxmillions ne peuvent quitter la glèbe où ils sont enchaînés; septmillions enlin appartiennent à l’État, et l’on compte jusqu'à quinzecent mille esclaves domestiques. Au-dessus de cela plane la no-blesse, maîtresse d’une grande partie des terres, et qui pourtant avu accorder ou tolérer à quatre cent mille de ses membres le droitde ne payer aucun impôt. Ajoutez à cela les cent et une catégoriesde notables bourgeois, des marchands partagés en guildes, desfermiers qui possèdent en propre et de ceux qui ne possèdent pas,des affranchis et des (ils d'affranchis.
La population européenne du Royaume-Uni , à l’intérieur, est de26,400,000 individus, on de 1,481 individus par lieue carrée.Cette population n’est point homogène. La rivalité entre l’Écosse et l’Angleterre, qui si longtemps mêla du sang aux eaux de laTweed n’est pas éteint; l'Irlande , qui compte à elle seule dix mil-lions d’habitants, se débat dans les horreurs d'une misère dontcent voyageurs nous ont retracé les scènes hideuses, et dont onest unanime pour accuser les Anglaise! l’Union. Ce malheureuxpays renferme quatre millions d'ouvriers, dont un tiers est ordi-nairement sans travail.
Quant à l’Angleterre elle-même, on y compte un pauvre sur sixhabitants, et voici comment se divise sa population : cinq dix-septièmes d’ouvriers ou individus vivant des manufactures. Dansce nombre sont compris quatre cent mille ouvriers employés dansles filatures de tous genres, parmi lesquels cinquante-cinq millequatre cent cinquante-cinq, tiges de huit à treize ans. On frémit àcette pensée.
Six dix-septièmes d'agriculteurs, sur lesquels il n’y a pas dixmille individus propriétaires.
Un dix-septième de mineurs, la plupart enterrés vivants dansles exploitations.
Deux dix-septièmes de commerçants, parmi lesquels on com-prend cent soixante mille matelots de navires marchands.
Deux dix-septièmes d’indigents proprement dits.
Un trente-quatrième de rentiers, un soixante-huitième de mi-litaires et marins, et un soixante-huitième de gens exerçant lesprofessions dites liberales.
Voici quelle est au dehors la population de l’empire britannique :
Avec la population européenne , ou 26,400,000On aura pour la pop. totale de l’emp. britann. 143,350,000
Nous nous contenterons défaire remarquer, au sujet de ces po-pulations extérieures, qu’elles sont, à deux millions près, toutesennemies ; que le privilège de la Compagnie des Indes qui, selonla loi, doit être renouvelé à certaines époques, sera probablement jtransféré an gouvernement anglais . Cette Compagnie est une Ipuissance qui a fait son temps. Mais il n’en faudrait pas conclure jque la domination anglaise en Asie touche à sa lin ; elle est, il estvrai, sérieusement menacée. Des ennemis formidables travaillentà la dissolution de l’empire indo-britannique . On a tort de direque l’ennemi le plus à craindre pour elle est la Russie , qui étendjusque vers llérat ses bras gigantesques. L’esprit des populationsest plus redoutable; un échec reçu dans la guerre contre la Chine ,qui a eu la gloire de mettre en évidence l’un des plus graves for- ifaits de la nation punique des temps modernes, eût été le signald’une révolution terrible et décisive dans les Indes .
D’un autre côté, si le temps est éloigné où l’Angleterre serachassée des Indes , le temps est voisin où elle ne possédera plus quedes solitudes sur le continent américain . On peut prédire, sansêtre prophète, la réunion des deux Canadas aux Etats-Unis avantquarante ans.
Nous ne nous arrêterons pas à la monarchie norwégiéno-sué-doise ; son étendue, nous l’avons dit, n’est aucunement en rapportavec sa population, qui est en Europe de 3,886,000 individus, etde 1 6,000 individus pour les possessions extérieures. Cet État, d’ail-leurs divisé sous le rapport politique, quoique réuni sous unemême couronne, ne présenterait d’avenir qu'autant qu’il rêveraitune nouvelle union de Calmar avec le Danemarck.
La population de l’empire ottoman ne nous arrêtera pas davan-tage. Cette population, dans le cas où l’on considérerait comme !faisant partie de l’empire toutes les populations vassales sans cesseeu révolte et même séparées, qui s’y rattachent par des liens pro-ches ou éloignés, serait de 25 millions d’individus. Mais le trônedu sultan n’a que 7,500,000 sujets effectifs.
La population du Portugal avec scs possessions ne surpasse pasle chiffre de 5,500,000 individus, dont 3,500,000 individus pourl’Europe , 500,000 pour l’Asie , 1,500,000 pour l’Afrique .
La population de l’empire d’Autriche est de 32 millions d’indivi- !dus, c’est-à-dire de 940 individus par lieue carrée.
Voici comment sc répartit cette population, d’ailleurs bigarrée,et parlant vingt langues différentes :
Pays faisant partie du corps germanique.
Royaume de. Bohême
.3,400,000
Royaume d’illyrie
1,000,000
Archiduché d’Autriche
2,200,000
Duché de Styrie
800,000
Comté du Tyrol
800,000
Margraviat de Moravie et Silésie autrichienne
2,200,000
Pays italien.
Royaume Lomburdo-Vénilien
4,500,000
Royaume de Hongrie
8,400,000
Royaume de Slavonie
358,000
Royaume de Croatie
600,000
Contins Militaires
942,000
Transylvanie
2,000,000
Royaume de Dalmatie
300,000
Districts particuliers
200,000
Pays polonais.
Pologne autrichienne ou Galicie
4,300,000
Total général
32,000,000