DEPARTEMENT DE LA SEINE , CI-DEVANT ILE-DE-FRANCE
POPULATION, 1,106,891 HABITANTS, - SUPERERFICIE, 24 LIEUES GÉOGRAPHIQUES CARRÉES .
RÉGION DU CENTRE.
T
RÉGION DU CENTRE.
département.
ASPECT PHYSIOLOGIQUE
DU PATS.
CIIEF-LIIU.
Le moindre de tons nos dépar-tements, en superficie, celui de laSeine en est le plus considérablepour sa population et, surtout,pour son chef-lieu , qui est plutôtcelui de la France entière. La na-ture l’avait peu favorisé. L histoirenous le montre marécageux etmalsain. 11 a été desséché et as-saini. Son sol, fécondé à force d'en-grais , est devenu l'un des plusproductifs de la France ; et, denos jours, les environs de Paris sont célèbres par leurs réjouis-sants paysages où se marient lescultures les plus diverses. Dans laville même, les potagers, appelésMarais , fournissent, par cinq ousix récoltes annuelles successives,presque tous les légumes verts deconsommation courante.
Cependant les terres cultivéesne sont pas ce qui tient le plus deplace dans le département. Vuen gros, il présente l’aspect d’uneseule ville avec de longs et im-menses faubourgs, dont les mai-sons montent et descendent centcollines qui bordent la Seine , puiss’en éloignent, pour y revenir. Delarges routes encombrées de tran-sports, aux croisements, aux car-refours multipliés, annoncentl’approche de la capitale. Maisc’est là tout ce qui trahit le voisi-nage de Paris . Pas un monumentne se montre ; seulement çâ et làet sur certaines routes, commecelles de Versailles , St-Germain ,«île., à travers les dehors les plusavancés, brillent quelques villas,manufactures, ou institutionsassez belles : partouL les cabaretspetits cl grands, les auberges, lesjardins publics dominent.
Une population intelligente,éveillée, mais peu instruite et po-lie, à peine distinguée de celle desclasses analogues de la capitalepar des nuances légères, se pressedans les nombreux bourgs de labanlieue. Deux choses surtoutsemblent l’occuper : le gain et leplaisir. Comme les Parisiens , elleparaît faire plus de cas du luxeque de l’aisance ; celle-ci pourtantne lui est pas étrangère, grâce àl’immense activité du foyer qu’elleentoure.
Quelque bien entendue que soit l’agri-culture dans le département de la Seine ,elle y est peu de chose. Le jardinage aplus d’importance, et l’on peut en citerdes produits remarquables, tels que leslégumes primeurs, les fruits de table, lesHeurs, les champignons, etc. Comme au-tres richesses du sol, le département a sesimmenses carrières de pierres à bâtir,qui s'étendent jusque sous une grandepartie de Paris .
Quant à l’industrie , les environs de lacapitale ont bien un assez grand nombrede fabriques importantes, mais elle estpresque toute dans celle-ci. Ses pro-duits , dit M. Abel Hugo , sont d’autantplus perfectionnés, qu’ils se trouventsous le patronage immédiat de la scien-ce, et sons l’influence vivifiante d’uneimmense consommation; l’on peut ajou-ter, et d’une immense concurrence.
En général, toutes les industries sontreprésentées à Paris , et pour les objetsdeluxe ne redoutent aucune rivalité. Letravail des bâtiments est ce qui occupele plus grand nombre d’ouvriers : ma-çons , serruriers , menuisiers , charpen-tiers , peintres, etc. Les filatures des co-tons , la confection des soieries et deschâles en tissus, l’imprimerie avec la li-thographie viennent ensuite pour le nom-bre des bras qu’elles emploient. Suiventl’impression des papiers peints, des étof-fes , la bijouterie et l’horlogerie , la fabri-cation des couvertures, la confection desobjets d’habillement pour la province,la conduite des voitures , les tanneries,la préparation des sucreries, liqueurs ,etc.; le travail du fer, le pavage des rues,la taille des cristaux, les bronzes argen-tés et dorés, la chapellerie, les (leurs ar-tificielles , les brasseries, distilleries, lesporcelaines.
Il serait d’ailleurs impossible de ran-ger dans une hiérarchie quelconque lesdivers produits dans la fabrication des-quels Paris sc distingue. On peut, sui-vant son goût, donner le pas aux uns ouaux autres des objets suivants: articlesde mode pour femmes et hommes, châ-les, étoffes légères , cotonnades, articlesd’horlogerie cl de bijouterie fine ou faus-se; instruments de physique , de mathé-matiques, de musique; meubles de prixet autres ; articles de coutellerie , cl par-ticuliérement instruments de chirurgie;armes à feu, de luxe et autres; papiersde tenture; produits chimiques, por-celaines, lithographies, sucres raffinés.Où sait qu’une exposition générale desproduits de l’industrie française a lieuà Paris tous les cinq ans.
Quant au commerce, Paris est le cen-tre véritable du crédit français ; c’csl laplace française parexcellciuytics échan-ges les plus étendus, les plus variés etles plus continuels.
Paris s’étend sur une longueur de deux lieues, et unelargeur d’une lieue et demie, dans une sorte de bassin en-touré de collines, à droite et à gauche de la Seine , qui ledivise de l’est-sud-est à l’ouest d’une manière inégale, ety forme aujourd’hui les trois îles : Louvicrs (la moindre,servant de chantiers de bois, et inhabitée) ; Saint-Louis,et de la Cite (longue d’un quart de lieue, et la plus grande).
La contrée de Paris est surtout remarquable, commeayant conservé dans les diverses couches de scs terrains,le souvenir des dernières catastrophes dont notre globe aclé le théâtre. Le sol, sur lequel s’élèvent les constructionsmême de la ville, a été, pour ainsi dire, tout bouleversé, etconsidérablement exhaussé en beaucoup d'endroits, parles débris de constructions, et toutes sortes d’immondices.Une partie des matériaux qui ont servi à sa bâtisse, sontsortis de carrières immenses, sur la voûte desquelles,fortifiée par des travaux fréquents, repose la portion sudde Paris et de la banlieue. Ces carrières ont pris le nom deCatacombes, depuis (pic l’on y a déposé les ossements re-tirés des cimetières qui, jadis , se trouvaient dans l'inté-rieur de la ville , et nuisaient à sa salubrité.
Chiffre officiel de la population , 909,000 hab.Chiffre effectif, 1,000,000,
(Avec la ç.irnisoi, cl 1* pi>cuUtion flnUontr. )
Paris est la résidence ordinaire du Roi, le siège des deuxchambres cl du pouvoir central exécutif, de la cour su-prême do cassation , du conseil d’état, de la cour descomptes, de l'institut, d'un archevêché, d’une courroyale,de la banque de France ; le chef-lieu d’une académie ayantles cinq facultés, le quartier général de la première division militaire ; la résidence des ambassadeurs et chargésd'affaires en France ; hôtel des monnaies , lettre A ; manu-facture royale des tabacs , etc.
On compte de la capitale de la France au port le plusvoisin de la Manche , 34 lieues géographiques ; au Pas-de- Calais , 53 ; à la mer du nord , 55; à la côte de l’Océan at lantique , la plus rapprochée, ICO ; à la mer Méditerranée ,145 ; à la frontière belge , 41 ; prussienne, 57; badoise, CO ;Suisse , 86 ; sarde,92 ; espagnole, 156.
L'Observatoire de Paris est à 48 degrés 50 minutes cl 14secondes de latitude nord, et environ 20 degrés de lon-gitude est du méridien de l’île de Fer , située dans legroupe des Canaries . Comme aujourd’hui on calcule enFrance les distances en .longitude d’après le méridien del’Observatoire, on dit que Paris est à o longitude. La pre-mière terrasse de cet établissement est élevée de 65 mètresau-dessus du niveau de l’Océan.
CHEFS-LIEUX D’ARRONDISSEMENT.
LIEUX REMARQUABLES.
HOMMES UTILES
ET CÉLÈBRES.
Sur la route d’Orléans, à deux lieueset demie sud de Taris, est une petiteville de 1500 habitants , peu impor-tante, et qui n’a de célèbre aujourd'huique son bal champêtre et son marché debestiaux.
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Elle doit celui-ci à Colbert ; ce ministrel’avait aussi embellie d’un magnifiquechâteau, qui, plus tard la propriété duduc de Penthiôvrc, fut le rendez-vousdes beaux esprits du 18 e siècle. Florian ,le célèbre auteur des fables et d’Estelle ,mourut à Sceaux en 1794.11 y avait com-posé presque tous ses ouvrages.
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A qui on donne jusqu’à 10,000 ha-bitants, est situé à deux lieues nordde Paris dans une plaine assez belle,près de la rive droite de la Seine , etsur un canal qui joint cette rivière aucanal de l’Ourcq. Les eaux du ruisseaude Croust y alimentent douze moulins àfarine et plusieurs autres établissementsindustriels. On y voit quelques belles pé-pinières , iftie caserne d’infanterie re-marquable, et dans les bâtiments del’ancienne abbaye, la fondation princi-pale instituée pour l’éducation gratuitedes tilles des membres de l’ordre de laLégion d’Honncur.
Cette abbaye fut aussi célèbre que lamonarchie française elle-même. On re-garde le roi Dagobert comme son pre-mier fondateur, 11 en sortit plusieurshommes éminents ; entre autres Turpin,sous Charlemagne , et le célèbre Suger .
L’église de Saint-Denis , aujourd’huien réparation, passe pour avoir ungrand mérite en architecture gothique.Elle renferme les tombeaux et les dé-pouilles mortelles des rois . de France échappés au décret de Ja convention.
Celles de Louis XVIII y ont été dépo-sées; c’est aussi la sépulture close pourjamais des princes de Coudé .
La France entière connaît les moindres endroits des alentours de Paris ,et ces endroits sont, la plupart , moins remarquables par eux-mêmes quecélèbres : en voici la liste rapide :
Dans l’arrondissement de Sceaux : Vaugirard , contigu aux murs deParis , est un gros bourg, industrieux et commerçant, semé de cabarets :Grccellc en a été séparé en 1819, pour former une commune particulière ;la plaine qui l’avoisine est célèbre, lssy, à une lieue de la ville, est unvillage très ancien , qui doit son nom , dit-on, à un temple d’isis. Vantesa des maisons de campagne jolies et fraîches comme sa situation. Areueil,joli village, est célèbre par son aqueduc, qui fournil de bonnes eaux auxquartiers sud de Paris ; à Areueil, se réunissaient chez Bcrthollet plusieurssavants chimistes, dont les travaux sont connus sous le titre de Mémoiresde la société d’Areueil. Montrouge doit son renom à la société des jésuites,qui y eut une maison de noviciat et son directoire. Genlilly fut le Versailles de la première et deuxième race. Choisy-U-Boi , sur la gauche de la Seine ,a d’importantes manufactures. Bicilre, dont le nom rappelle toutes lesmisères de l’humanité, entoure un château bâti par Louis XIII , pour servirde refuge aux vieux soldats , et qui aujourd'hui est l’asile de la folie et desvieillards indigents. Montreuil , cultive en grand les pêches, et doit saréputation à la bonne qualité de ses fruits. Châlcnay appartint autrefoisaux Templiers , et vit naître Voltaire . Le nom de Fontenay-aux-Roses indique sa culture principale. Villejuif a des carrières de pierres excellentes.Bercy , sur la Seine , sert d’entrepôt aux vins, eaux-de-vie et huiles queconsomme Paris : il est peuplé de gros et riches marchands. Les deuxCharcnlon ont, l’un un hospice d’alienés célèbre, l’autre une fonderiepour les machines à vapeur. A Alfort , séparé d'eux par la Marne, fleuritune école célèbre de chirurgie-vétérinaire et d’économie rurale . Vitry ,village, possède de superbes pépinières. Irry a d'immenses caves tailléesdans le roc. Vinccnncs , regardé comme ville, est célèbre par son parcet son immense château fort. Ce dernier, fondé par Philippe de Valois ,habité par un grand nombre de princes, eut pour prisonniers Diderot etMirabeau , vit fusiller l’infortuné duc d’Enghien, et résista, sous le com-mandement du brave Damnénil, aux masses des alliés en 1814 et 1815.On y voit une svelte et charmante chapelle gothique, une salle d’armesmagnifique. L’école d’artillerie de Vinccnncs est maintenant la plusremarquable de France , comme faisant sous les yeux des commissionsministérielles tous les essais importants.
Dans l’arrondissement de Saint-Denis :
Aubcrvillicrs, beau village à 1/2 lieue de S.-Denis, eut jadis une chapelleet une madone des plus vénérées. Bcllcville, aux portes de Paris , est lerendez-vous des plaisirs du dimanche parisien . Sa situation, sur unehauteur, dans un air pur, favorise l’établissement des pensionnats. Mont-faucon, non loin de ses carrières, était la Grève d’autrefois. Ses gibetssupportèrent les cadavres de 9 ministres des finances. C’est aujourd’huila grande voirie de Paris . Romainville est célèbre par ses ombrages. LaVillelte, la Chapelle, Cliehy-la-Garenne, sont de gros villages industrieux etcommerçants. De la hauteur de Montmartre, l’œil embrasse tout Paris . 11 yavait autrefois au mont Valcrien, à l’ouest de Paris , un calvaire très-fré-. queuté dans les fêtes religieuses de la semaine sainte. La commune desBatignollcs date de 1830, et poursuit ses agrandissements. Sur un autrepoint, le petit village de Cltaronnc possède une école de commerce distin-guée. J'assy a de belles maisons de campagne, des eaux minérales, deslieux de plaisir très-connus. Aulcuil est de même rempli d’habitationscharmantes ; l’on y voit encore celles de Molière et de Boileau , et la tombede d’Aguesseau. Boulogne , séparé d'Auleuil par le bois de ce nom, rendez-vous des élégants parisiens , a de grandes et nombreuses blanchisseriesde linge. C’est du château de Saint-Ouen que Louis XVIII data le préam-bule de la charte octroyée. Neuilly , dont le pont magnifique, sur la Seine ,mérite sa renommée , est la résidence favorite du roi régnant.
11 serait difficile de nommer tou*les personnages célèbres ou recom-mandables qu’ont vu naître Paris etle département. Nous n’aurons pasla prétention de n’oublier personnedans la liste suivante. Au 16' siècle :Jean Goujon , le grand et délicatsculpt eur ; Étienne Pasguier, le philo-logue ; Jodclle, l'un des premiers endate dans la série de nos poêles dra-matiques ; les habiles imprimeursÉtienne. — Au 17* siècle : Boileau ,Quinault , Chapelain, Molière , Scar-ron, Sanleuil, Regnard, M m ' Deshou-lières; Perrault , le conteur; Uesnault,l’historien ; d’Herbdol, l'orientaliste.En hommes de guerre : le Grand Condè , Câlinât, le maréchal d’Estre'cs ;le prince Eugènede Savoie, si Urribleà la France . En hommes d’État :Richelieu. En artistes : les peintresLargillière , Lebrun, Lcsueur; Mansariet Perrault , les architectes. Lenôtre,le grand et sublime jardinier. Enfin,Chardin , le voyageur; Ninon de l'En-cos, Paint, l’avocat, cl Mallebranche,quatre célébrités bien différentes.
Au 18' siècle. En poètes ou écri-vains : Beaumarchais , Cre'billon fils,Dorât , De Luimolle ; Rousseau etLebrun les lyriques : Laliarpe,Marivaux , Racine fils ; les historiensAnquclil, Crcvicr et Lcbeau. En phi-losophes ou savants : d’Alemberl, deL.a Cotidamine , Condorcet, L.avoisier,Fourcroy. En artistes: Boucher, lepeintre; Coustuu , le sculpteur ; Cay-tus, l’antiquaire. L’acteur Lekain .
En personnages utiles : le philan-thrope Cochin ; Chamoussct, qui in-venta la petite poste; et le médecinHalle. En personnages politiques :Bailly , maire de Paris ; Camille Des moulins ; M m * Roland. Le célèbre voya-geur de Bougainville. Au 19'siècle. Lesromanciers et dramaturges : Par-ceval, Scribe et Saintinc. Le grandtragédien Talma. Les peintres David,Delacroix , Devéria , Gros, Charlel,Gudin , Biard et Vernel Le graveurBouchcr-Desnoyers. Les sculpteurs :Ramcy et Courlcllier. Les savants :Biot.Cassini, Dclambre, Deleusc, Dar-ccl,Lacroix. Los philosophes : Dupont de Nemours , Cousin. Les généraux :Grouchy et Augci'eau. Les impri-meurs : Ditlol, Herhart. Lu femmescélèbres madame Catalan , la reineUortcnse , mademoiselle êlars.
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