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RÉGION DU CENTRE.
Paris , comme tant d’antres villes des Gaules, dut sou importancepremière aux Romains. Les Paris » , (pie l’on croit venus de la Bel gique du nord, l’avaient fondé avec la permission des Senones , lesmailrcs du pays, environ un siècle ou deux avant l’arrivée de César ;ce fut le lieutenant de ce grand homme, Labicionus, qui s’en em-para. César vit la position avantageuse de la ville, dans nie prin-cipale de la Seine , la lit rebâtir et fortifier, puis y transféra l'as-semblée générale de la Gaule . Depuis, jusqu’à Julien, l’histoirenenuniluuuie Paris (pie pour son commerce de navigation, et lachronique y rapporte le martyre de saint Denis, en 272. Onattribue aussi à Constanee-Clore plusieurs constructions , qui fu-rent faites dans l’intervalle, entre autres celles du palais des Ther-mes, qu’habita Julien. Ce prince qui, dans ses mémoires, parleavec amour (te l.ulèce, y fut proclamé empereur en 300; 23 ans aprèsl'empereur Graticn reçut un échec considérable dans les environsde Paris , que gouvernail un préfet romain. Enfin, en 405 , Chil-déric chassa les conquérants de la contrée et Clovis établit à Paris ,en 508, le siège de son empire. Sainte Geneviève venait de s’y dis-tinguer par son courage et. ses vertus: la ville comptait déjà unassez grand nombre de constructions hors de la cité. Elle gagnasans doute en gloire cl eu importance à devenir la résidence de lacour des Francs barbares ; mais elle perdit en tranquillité et enbonheur; car jusqu’à la lin (Je la première race son histoire est unenchaînement de calamités, du sein desquelles ressortent quelquesbeaux noms, comme ceux des évêques saillis Éloy et Landri.
Successivement capitale de plusieurs royaumes ou duchés francs,Paris fut abandonné parles rois de la seconde race, cl gouverné par(les comtes. 11 s’y établit quelques écoles sousCharlemagne: ce princey passa rapidement. En 845, commencèrent, tes invasions nor-mandes: elles cessèrent , en 800, après avoir fait éclater la faiblessede Charlcs-le-Chauve, de Gharlcs-le- Gros, et. le courage du comteEudes et de l’évêque Gozlin. Ea ville avait dû se forlilicr contre desennemis aussi redoutables (pic les Normands. Elle redevint capitaledu royaume de France par Hugues Cape!.
Les horreurs succédèrent aux horreurs sous Robert et Henri 1»'\Philippe I e1 ' créa la charge de prévôt de Paris , cl eut une cour bril-lante qui anima la cité. Eouis-le-Gros délivra sa capitale de quel-ques grands pillards qui l’obsédaient, l’agrandit, la fortifia encore.Les étudiants y affluèrent au cours d’Aboilard. Sous bonis VU,en 1107 , on jeta les fondements de Notre-Dame , dont la construc-tion dura deux siècles encore. Philippe - Auguste assainit la ville,eu lit paver une partie. On commença alors le Louvre, dont LouisVlll fortifia la tour.
Louis IX dota Paris de plusieurs fondations religieuses et judi-ciaires , rendit à la nomination royale la charge de prévôt, jus-qu’alors donnée aux enchères. En son absence , les Pastoureaux ,conduits par .lacob - l’inspiré , vinrent porter l'effroi pur toute laville. Robert Si» bon , chapelain du roi, fonda la Sorbonne en 1253.Les émeutes d'ceoliers, les disputes entre les ordres religieux, re-tentirent sur la rive droite de la Seine , Philippo-le-llardi chargeaun voyer de l’alignement des rues. Sous Philippe-le-liel, le parle-ment., rendu sédentaire à Paris , y attira une plus nombreuse po-pulation; le supplice des Templiers sous le même prince, celuid'Euguerrand de Marigny, sous son successeur, sont au rang desplus sanglantes tragédies de l’histoire parisienne et française .
Sous Philippe VI , les guerres d’Angleterre, couvées pendant lerègne de Philippe-Ie-Long et do Charles IV , éclatèrent au milieu desIroubles'|x>liliques. Édouard, roi d’Angleterre, vint jusqu'à lnTilorS.-Cloud et l’assy ; puis le roi Jean fut fait captif. Le prévôt Marcelrégna dans Paris , cl en lit une vraie place de guerre. Charles V luirendit quelque tranquillité. Son prévôt, Hugues Aubriot, creusa(les égouts, et jeta les fondements de la bastille. La ville comptaitalors 1221 arpents de superficie.
Sous Charles VI , nouveaux troubles, nouvelles horreurs ; Paris tombe au pouvoir des Anglais en 1420, et Charles Vil n’y rentreque 17 ans après.
L’établissement de l’imprimerie à la Sorbonne, signale l’an-née 1470 sous Louis XI ; ce prince et ses successeurs, Charles VIII et Louis XII , continuent a doter leur capitale d’établissementsutiles, cl a la laisser s’agrandir. Sous François I er , les fêles reten-tissent au milieu de bien des larmes ('I de plus d'un supplice in-juste. Henri H fait, plus (pie le père îles lettres , pour l’embellissement,de Paris . Les jésuites s’y établissent en 1503, sous Charles IX ,(pii le remplit , en 1572, des horreurs, sans pareilles, de laSainl-Itarlhelémv. Sous Henri III , la ligue se rend maîtresse de la capi-tale; les Seize y commandent. Henri IV en lait à deux fois le siège ,cl y cuire enfin, en 1591, pour y cire assassiné , en 1010, aprèsavoir contribué à l'amelioration du bien-être, cl à la gloire de saville de Paris .
A l'époque de la régente Marie , Paris comptait 1000 arpents desupcrlicic. Celle princesse jeta les fondements du \ al-do-Grâee,du Jardin des Plantes, de la Salpétrière . Sous Louis XIII , Ten-ccinlede la ville fut encore reculée , cl embrassa les Tuileries , lesrues Saint-Denis et Montmartre . L’eveché de Paris fut changé enarchevêché. Les troubles de la ligue semblèrent renaître pendantla minorité de Louis XIV ; il y eut des barricades d’élevees, el ,eu 1052, Coudé et Turcime , l’un chef de la Fronde , l’autre pour lareine, se livrèrent une sanglante bataille au faubourg Saint-An-toine. Le calme se rétablit ; Ton \ it s’élever les portes Saint ÇDcniset Saint-Mari in, I Observatoire, la colonnade du Louvre, les Gobc-lins, Thûtcl des Invalides, les édifices de la place Vendôme , fon-dations du grand Roi. Le Palais-Bourbon , Saint-Koch, Saint c-Gc-nevieve, l'hôtel des Monnaies, et d’autres grandes constructions ,furent bâties sous Louis XV ; des lanternes eclairèrenl les rues.Paris comptait alors 3919 arpenls de superficie. Les liv res avaientporté son renom dans toutes les provinces, et déjà il donnait
partout le ton. Louis XVI continua l’œuvre de ses prédécesseurs ;le Collège de France , l’Ecole de médecine, l’ancien Odéon, le Palais-Royal, s’élevèrent. Une loi parut,en 1783, sur l’alignement des rues.
Cependant la révolution de 1789 éclate ; la population parisienne s’empare de la bastille le 11 juillet. La cour, et l'assemblée qui s’é-tait déclarée nationale à Versailles , sont transférées à Paris . Onabolit la prévôté des marchands, el les corporations d’ouvriers ;on établit la div ision départementale el l’égalité devant la loi. Lesordres monastiques sont supprimés. Les fédérés promènent un nou-veau drapeau national au Champ-de-Mars . Le 21 juin 1791, le roiLouis XVI tente de fuir ; l’assemblée législative, qui succède à ras-semblée nationale, au mois d’août prononce sa déchéance. Puis,Tannée suivante, la patrie est déclarée mise en danger parlesroyalistes el l’Europe coalisée ; Ton voit les terribles massacres deseptembre , et commencer le règne absolu des Jacobins. Knlinla Convention abolit la royauté , et l’infortuné Louis XVI est exé-cuté le21 janvier 1793, sur la place de la Révolution , aujourd’huidite de la Concorde . Une multitude d'exécutions succède. Lesbourreaux ont pour prétexte le salut national : ils succombent àleur tour, et après le faible règne du directoire corrompu , Bona parte , en 1799, à la tête du consulat, rétablit pour long-temps latranquillité publique.
Paris avait, pris une autre face ; la plupart des édifices des cou-vents avaient disparu ; des écoles, des manufactures s’étaient éle-vées ; la ville était divisée en 12 municipalités et 48 sections. Bona parte , devenu empereur en 1804, commença une foule de grandesconstructions : des quais, des rues, des marchés, des églises. Grâceaux grandes routes, aux voitures publiques, qui s’étaient établies,aux innombrables mouvements militaires, Paris était devenu enquelque sorte plus connu de la France :-ce n’était plus comme jadisun pays lointain. On y accourait de toutes parts voir les l'êtes impé-riales. Cependant la capitale est prise,en 1814 et 1815, parl'Europe alliée contre Napoléon . Les bombons sont de nomeaifsos rois ;une charte est octroyée par Louis X \ 111. L’on poursuit tièdementles projets impériaux. Charles X semble vouloir faire plus que sonprédécesseur ; mais bientôt des lois anti-nationales et rétrogrades,la dissolution de la garde nationale, enfin , les ordonnances (iejuillet 1830 contraires à l;vcharte, amenèrent la seconde révolu-tion. Paris résiste à ses troupes, el le force lui-même à s’exiler.
Le 7 août, une nouvelle dynastie, s’asseoit sur le trône de France dans la personne du duc d Orléans, proclamé sous le nom deLouis-Philippe le. Ce prince jure une nouvelle charte; la gardenationale, dont Tunil'orme avait reparti pendant les trois gran-des journée», est réorganisée comme par enchantement parI.afayette, el sur une échelle beaucoup plus vaste (de sorte qu'ellecompte aujourd’hui 48 bataillons, et au moins 80,ODU hommes,ehitlre qui pourra se doubler d'après la nouvelle loi promulguéeen 1837) ; on procède à d'importants changements politiques ,' cu-ire autres à l'abolition de l’heredité de la pairie. Mais des hommesqui avaient conçu des espérances exagérées, en demandent d’au-tres à grands cris, el la nouvelle royauté, violemment attaquéeest contrainte de se défendre par les armes : le sang eoideà plusieurs reprises dans les rues. Aux embarras politiquesse joignent les embarras financiers. Un fléau qui rappelle lespestes du moyen âge, le choléra asiatique, vient, en 1832, ajou-ter ses horreurs à tant de calamites.
La crise continue les années suivantes ; des attentats odieuxsur la personne du roi viennent périodiquement répandre partoutla terreur, la méfiance, et, attirer sur les partis hostiles au gou-vernement des rigueurs auxquelles il n’eùl point pensé. Maisen 1837 nue amnistie politique générale est proclamée, el ne tardepas à porter des fruits heureux de confiance et, de pacification.
Pendant tous ces événements , Paris , comme ville, s’était élevéeà un degré de splendeur et d'accroissement inconnu jusque là.Les Chambres, voulant donner du travail aux classes ouvrièresqui eu manquaient, avaient voté 100 millions pour travaux pu-blies. On se mit à achever l’arc de triomphe de I Étoile, l’église de la Madeleine , l’hôlel d’Orsay, l’école des Beaux-Arts, le Pan-théon , etc. Un obélisque, amené de l’antique capitale de l’E gypte , Tlièbes, fut érigé sur la place de la Concorde ; le conseilmunicipal appliqua de son côté des sommes immenses à l'embellis-sement et à l’assainissement de la ville; de nouveaux quais plan-tés d’arbres, de nouvelles rues , de nouveaux ponts s'établirentpar ses soins , des égouts lurent creusés, et un nombre prodi-gieux de bornes-fontaines, distribué partout.
Les particuliers, cédant à une lièvre de spéculation qui s'em-para de tout le commerce après 1839, riv alisèrent avec le gouver-nement el la ville de Paris : on ne saurait dire toutes les nouvellesconstructions qui s'élevèrent de tous côtés.
D’aulie pari, un luxe de décoration inusité , amené peut-êtrepar le goût plus répandu des arts, éclata dans Textérieurdes cons-tructions particulières ; les boutiques, les calés, les restaurants (h sbeaux quartiers el des grands passages, étincelèrent de dorureset de peintures, si bien, que les commerces (pii en auraient iemoins besoin , payent tribut à ce luxe.
Enfin, Paris , (pii avait donné, en 1830 , une impulsion aussipuissante qu'inattendue à la France , Paris continue parla presseet Faction q,. gouvernement celte sorte de prépondérance; lesprovinces, par leur assentiment, en accroissent l’étendue etI importance. L’al'lluenee des jeunes gens, des étrangers est de-venue bien plus considérable, el le perfectionnement des moyensde transport, les soins donnés aux routes depuis l’empire, favo-risent celle affluence. Aujourd’hui les chemins de 1er, dont Pa ris va devenir le point de départ, le rapprocheront, davantageencore dos grandes villes de commerce, el rien ne peut indiquerou s’arrêtera son accroissement.