RÉGION DU NORD-EST.
vr
y</.,.
2G
DEPARTEMENTS.
■S
P,
ASPECT PHYSIOLOGIQUE
DU PAYS.
A pari los tristes dunes du lit-toral de Dunkerque et les bruyè-res sablonneuses de quelques au-tres côtes, l’on chercherait envain une place qui soit perduepour l'agriculture ou l’industrie,dans ce département : l’habitant adesséché les meures et les plainesmarécageuses des contrées bas-ses de Gravelines et de Borgnes ;il les a forcées à lui payer leur tri-but de récoltes ; il a résisté auxinondations de la Searpe, quitraverse le département, et a faitde la vallée où coule cette rivièredangereuse mais fécondante 1 , unevallée ara paysages gras, rem-plis et réjouissants. Partout il aamoncelé les établissements. Dela hauteur de Cassel à trois lieuesdellazebrouek, l’on peut compter,dit-on, autour de soi cent villageset trente villes, et, découvrant parun temps pur de brumes (ce qui(-si rare) les côtes d’Angleterre,songer avec plaisir que la France représentée par scs frontières deFlandre, ne le cède en rien à larichesse britannique. Partout l’onvoit les canaux et les routes croi-ser leurs larges rubans bordés devert, la fumée s’élancer en nua-ges des manufactures, les fermesse presser contre les fermes, lesbourgs se joindre aux bourgs.
Dans les grasses prairies qui (ormentun cinquième du département., paissentun nombre considérable de bestiaux, en-tre autres de vaches et de moutons ma-gnifiques. Le pays exporte en abondanceses beurres et ses fromages ; cultive sur-tout l’orge, le colza, le tabac , et avecune supériorité sans égale, le lin, si pré-cieux.
11 a les plus grandes houillères deFrance (à Anzin , Aniehes, etc. ), puis■ des mines de fer, des exploitations dej tourbes, de grès, de marbre, d’ardoises.| Il se livre à toutes les fabrications pos-sibles, particulièrement à celles dont sescultures diverses lui donnent les matiè-res, ou qu’il trouve dans les richesses deson sol plusde facilités pour faire prospé-rer. Ainsi, nous aurons à nommer :les filatures de lin dans tout le dépar-tement , les fabriques de toilettes , ba-tistes, linons, percales, madras de Cam brai et de scs environs; les forges de l'ar-rondissement d’Avesnes ; les brasseries ,tanneries, et les lorderies d'huile de celuid’Ilazebrouck', cl la manufacture royalede tabac de Lille ; après cela, les filaturesde colon de son arrondissement; la manu-facture d’armes et les ouvrages en fer deMaubcugc ; les verreries des environs deValenciennes ; les porcelaines de ceux deDouai .
Dunkerque arme pour la pêche dela morue. Gravelines envoie en Angle-terre des tlottilles de légumes et dwiifsfrais. Le nombre de ceux-là, dit-on , àtrois millions par mois.
CHEFS-LIEUX.
CHEFS-LIEUX
d’arrondissement.
Lille , autrefois la capitale de laFlandre française, nous repré-sente de la manière la plus heu-reuse sur la frontière du nord.C’est une de nos villes de premièreclasse cl une place forte de toutepremière importance. Elle s'étenddans une belle plaine sur les ca-naux de la Deulc qui joignent laSearpe à la Lys. Son ovale a prèsd’une lieue trois quarts de tour.
Quartier-général de la 16 e div.militaire. 70,000 hub.
On entre dans Lille par septportes, elle compte passé 200rues, dont beaucoup bien percées,27 places ou marchés , d’assezbeaux édifices, et renferme commele reste du département, de gran-des richesses d’art dans son mu-sée, son hôlel-de-villc et ses 6paroisses. Sa citadelle est unchef-d’u'uvre de Vauban . Lille aune bourse et un hôtel des mon-naies, une riche bibliothèque,plusieurs sociétés savantes etlittéraires, plusieurs musées. Ony imprimait, il y a peu, cinq jour-naux.
AVESNES,
Place forte, est malbâtie. 4000 habitants.S. E.
18000 habitants. C’estune place forte, an-cienne, célèbre et com-merçante, jadis le sièged’un archevêché illustrépar Fenélon , et déchuaujourd’hui en évêché.On peut citer sa cathé-drale , son hôtel-de-ville, sa bibliothèque,,etc. S.
Sur la Searpe, a20000habitants, et ne le cèdeà Cambrai ni en forceni en antiquité, Elle aune Cour loyale, uneécole d'artillerie, uneacadémie, un musée. S.
Chef-lieu maritime dudépartement et placeforte,a 25,000 habitant s.Elle e-,1 importante parson commerce. N. O.
A 8000 habitants. Ony parle llamand commea Dunkerque . C’est uneville industrieuse, maismal bâtie et triste. N.O.
VALENCIENNES
Marche sur la mêmeligne que Cambrai ,Douai et Dunkerque ,pour la population, laforce, 1’induslrie et lecommerce. S. E.
Ce departement a reçu son nomdes antiques et fameuses forêts del’Ardenne qui couvraient autre-fois lepays presque entier et s’é-tendent aujourd’hui sur sa partienord ; puis, en suivant la direc-tion des monts d’Argonnc traver-sent. le département du nord-ouest au sud - est. Les montssusdits présentent généralementdes sommets arides , un aspectâpre et sauvage; mais ils en-clavent dans leur partie sudet centrale dos vallées au solargileux, dont les champs fertilescl les riches pâturages formentun heureux contraste avec lestristes plaines crayeuses du nord-ouest. l.cs Ardennes , pour la ri-chesse, sont loin de la Flandre,mais leur généreuse populationnous honore sur la frontière, parson patriotisme et son amour dutravail.
Les Ardennes ont peu de grains et devignobles ; mais leurs prairies sont richesen superbes bêtes à laine, et leurs im-menses forêts les dédommagent bien decequileurnianqued’ailleurs. Elles ont enoutre de bonnes et nombreuses mines defer, qui, avec les forêts, donnent lieu àune industrie métallurgique considéra-ble. Leurs carrières d’ardoises de Fumai,Follamprisc, sont les meilleures duroyaume. On trouve aussi çà et là de labouille, du marbre, du sable à verre, del’argile à potier.
Sedan est le centre d’une fabricationde draps,remarquable par son étendue"clses produits. Nous ne pourrions nommertous les ouvrages de fer et de cuivre quise fabriquent dans ce département. Lesprincipaux sont les outils de labourage ,les clous, les ustensiles de cuisine, cto.
Mézières doit toute son impor-tance à sa position militaire ; laMeuse l’arrose et la sépare deCharlevillc, qui a le double d'ha-bitants. Un pont facilite la com-munication.
MEZIERES.
4000 habitants.
Mézières a une citadelle et uneécole militaire du génie.
Charlevillc, dont los rues sonttirées au cordeau, et bien bâties,a une riche bibliothèque, 4 bellesportes, une industrie active et uncommerce de transit animé.
REIDEL,
Situé sur une monta-gne, dont l’Aisne arrosele pied, a 7000 habitantset plusieurs fabriques.S. ü.
A 300J babil. C’estune petite place forte,assise sur un plateauspacieux et élevé. N. O.
Est aussi une place for-te ayant de beaux éta-blissements militaireset manufacturiers. Elles’étend sur la rive droitedelà Meuse , et renfermede 13 à 11,000 habit: E.
VOUZIERS,
Qui n’en a que 2000,est peu importante. Savannerie est renom-mée. S.
RÉGION DU NORD-EST.
LIEUX REMARQUABLES.
HOMMES UTILES
ET CÉLÈBRES.
SOUVENIRS HISTORIQUES.
•
,
Tons les environs de bille sont intéressants pourleur industrie. Nous nierons particulièrementLaos , gros village, situé à ses pertes et renfer-mant nue fort belle maison centrale de détention;i'ttrcmmcs, gros village de fabriques; La lias-see, Commutes, sur l'extrême frontière; LFar-vtc/t, petites villes populeuses et commençantes;Fâches, autrefois le clief-lien il’nii petit état in-dé/)endant, dont le clirf s’appelait le roi des Es-timiaux; Morts en-Pttrile, où l’hilippc-le-lîelbattit les Flamands , en 1304; Pont-à-Rouvinrs,gros bourg célèbre par la défaite de l'empereurOlhonet de ses allies, sous Philippe Auguste , enI2I4. Mais les places les pins importantes de l'ar-rondissement sont: Roubaix , ville mamifaelii •rièrede 18,000âmes; Tarcoitig, quiii’élail qu’unbourg il y a peu d’années, et qui roniple au-jourd'hui 17,00(1 babitauls, la plupart occupésdans 1rs fabriques de tissus de laine et de colon;Armenliéres, la ville di s troupeaux et desgrains,jolie cité de 7000 habitants; I.e Qucsnoy-sur-Dettie , petite ville industrielle.
Dans rarrond sscinent d’Avesnes, on remarque,pour leur force militaire et leur industrie, Meu-le lige, iAuulrttcies, qui, av ec cinq mille hommesde troupes, résista à toute nue armée commandéeliar Cliarles-Quiiil ; Le Quesnoy , dont l'hôpitalfut fondée par le grand Coudé ; Raeay est moinsconsidérable, mais possède de belles antiquités ;Malplai/tiel rappelle une journée dans laquelleVillars lui plus habile qu’heureux, te gros bourgde Marottes est renommé par sou commerce defromages.
Orchics, ville de 4000 habitants, Marchien-ncs, qui commerce en arbres à fruits cl ni grai-nes, s’élèvent dans l'arrondissement de Douai .
bans celui de Dunkerque , on visite avec plaisirle joli port marchand de Gravelines ; la petiteet forte ville de llergnes, célèbre marché noue lescéréales; le vieux iiotirltomg, autrefois forlilié;le gros et fameux bourg de Uondschoote, prèsduquel nous battîmes les Anglais en 03; le champde victoire des Iiunes.
L'arrondissement de llazrhronck renferme :Cassel, sur une bailleur célèbre, ville de 4000«nies, près de laquelle se livrèrent trois batailles,‘Une où Philippe 1 er fut vaincu en 1170, l'autreBaguée par Philippe de Valois , en 1328, et la troi-sième remportée sur le prince d'Orange par l’iii-ippc d’Orléans , en 1077; llaillettl, ville iiulus-Içieusc de 100,000 babil.-mis; Eslaires et Mer-Ville, chacune peuplée de 7000 habitants, etcommerçante.
Aux portes de Valenciennes , tes immenses etcélèbres Imnilléresd’a/nzùisc font remarquer. OnVoit ensuite, Dciuiin, où Villars sauva la France ;Saint-Arnaud, \illc de 9000 aines, lenoinmécI*our ses boues minérales et ses cultures de lin;
Çoiulé, lui.: place de guerre; Raisinés, bourg
de 2000 habitants.
Solesmes cl le Cateau-Cambrésis, sont dansarrondissement de Cambray ; l’une a 5000 ha-bitants, l’autre GOOU.
Jlouillcux, maréchal ferrant qui,dit-on, découvrit au 11 e siècle la houil-le et son usage. Les historiens Mons-trclct, Froissant et Philippe de Comines .Le comte de Flandre , Baudoin IX , <jui fîtdynastie impériale à Constantinople .Les peintres Vu lieu a et Abel de Pujol ,notre contemporain. Les sculpteursJean de Pologne, Marsy et Roland. Leministre de Calonne et Merlin de Douai .Taffln qui introduisit les machines àva-peur en France . Les marins Jean-Pariet IVanstabte. Les généraux Dumou-ricz, Corbinaull, Vandamme ; Mortier,Davousl, lAinnoy et Dupré; les demoi-selles Femig qui furent faites officiersdans les guerres de la révolution. Fuisle géographe Gosselin, la célèbre ac-trice tragique Duchesnoy, et la lou-chante poète madame Desbordes-Val-
more.
Les Morini et les tVemï,IqucjJ ules-César ne soumit qu’avec la plus grandepeine, occupaient le pays à l’arrivée des Romains. 11 étaitjalors couvert devastes forêts. Clodion , selon la chronique, en lit la conquête, et le gouvernapar son neveu Elandibcr ‘ ajoute-t-on, a laissé son nom à la Flan-
dre. Charlemagne , pour défricher une partie de ses immenses bois, y trans-planta 00 mille Saxons. Alors déjà il y avait un siècle (pie Lille était fondée.Cambrai existait comme capitale des anciens Nervii.
La première devint celle du comté de Flandre , que Charles-Ie-Chauvcconstitua en faveur de Baudouin-Bras-de-For, dont les successeurs furentsi célèbres. Ce fut l’un d’eux, BaudouinIX, que les croisés firent empereurde Constantinople .
Alliés avec l’empire d’Allemagne ou l’Angleterre, les comtes de Flandre tinrent tête aux rois de France ; Philippe-Auguste dut prendre Lille et ladétruire. Rebâtie par la comtesse Jeanne,(cetle ville fut reprise par Plii-lippe-le-llel, dans ses guerres avec Édouard l cl \ Enfin , Charles V la céda ,av ec le comté, à son frère le due de Bourgogne , qui épousa l'héritière desanciens comtes, Marguerite. A la mort de Cliarles-lc-Témérairc, la Flandrepassa à l'Autriche' par le mariage delà fille de ce prince avec l’empereurMaximilien 1 er , et comme la couronne de France conservait un droit devassalité sur ses anciennes possessions,Charles-Quinlobtint de Fran çois 1 er , captif, qu'elle y renonçât. La Flandre ne nous revint que par laconquête de Louis XIV , et Lille , assiégée parles alliés, et défendue glo-rieusement par le maréchal Bouftlers, en 1708, ne resta définitivementville française qu'après la paix d’Utrceht, en 1713. 1
Louis XIV réunit également à la couronne le Ilainaull et le Cainhrésis , fqui forment le reste du département. Ses armées se signalèrent dans lepays ; mais l’on a surtout gardé le souvenir de la bataille des Dunes, gagnéenon loin de Dunkerque pai'Turontic ; de celles de Malplaquet et de Denain ,gloire éternelle du Grand Villars, cet heureux fanfaron, comme on l’appe-lait.
Dans les guerres de Louis XV et de Louis XVI , les hommes de mer de Dun kerque soutinrent, par plusieurs belles actions, la renommée de Jean Bail,qui avait illustré cette ville sous Louis XIV . Lille et Valenciennes se distin-guèrent par leur belle résistance contre le due d’York . Nous avons cité lessouvenirs de Mons-en-PuclIe, Cassel, Bouvines , Landrceies, llondschoote.
i ’Monlhermé, bourg industrieux; dansla situation la plus agréable, sur laMeuse ; Signy-lc-Grand, bourg de 2,000habitants, avec forges. Voila, outreCharlevillc, les lieux remarquables dansl’arrondissement de Mézières.
Celui de Rclhcl a Clidtrau-Porcien , surl’Aisne , ville de 2000 habitants ; Arauæ-fo-Ville et Avaux-le-Cbdleau , sur l’Aisne .
Celui de Rocroy a Fumai, peuplé d'ar-ôoisiers; Cltarlcmonlvl Civet, réunis,dansOne seule place de guerre , et arrosésBar la Meuse ; Rumigny, bourg, patrie del’astronome de la Caille.
Dans l’arrondissement de Sedan : Don-chery , ville sur la Meuse , importantea ' anl la réunion de Sedan à la France ;Quignan, sur leChicrs, et qui n’a qu’uneSeule large rue ; Minium, sur la Meuse ,élus considérable. Dans celui de Vou-lus, nous remarquons Alliyny, bourg,iodis résidence privilégiée des rois de lal rc et de la seconde race.
Robert de Sorbon , fondateur de laSorbonne de Paris et chapelain desaint Louis. Mabtllon, l’homme le plussavant du siècle de Louis XIV . L’illus-tre Turenne . Delà Caille, astronomelaineux dans le siècle dernier. Dalian ,qui fut un des précepteurs du grandFrédéric. Charles Rony, qui inventala machine uranographique. Saint-Yves, oculiste fameux du XVIII esiècle. Charles de Rosière, savant cri-tique militaire du même temps.
Nous avons dit ailleurs que lesArdennes revendiquaient Macdonald.On peut ajouter à cet illustre guer-rier les généraux : Traullc, qui renou-vela dans Mézières la défense deBayard ; Sarary, due de Rovigo ,Re-chcl de Contamine, qui, dev enu indus-triel; naturalisa en France la fabrica-tion du laiton.
Les Nervii , que nous avons vus plus liant, occupaient anciennement,avec les ÏAngons, le territoire des Ardennes . Les Druides avaient dans eesforêts des retraites célèbres. Après la conquête des Francs, Clovis éleva àAltigny un palais, où inouï' 2 , en 727 ; où Pépin tint deux cours
plénières : l’une, en 750, comme maire du palais; l’autre, en 705, comme roiconvoquant la nation contre le duc d’Aquitaine Caifre; où, en 789 , le fa-meux Saxon Witlikiud recul le baptême solennel en présence de son par-rain Charlemagne ; où Eouis-le-Pébonnaire se soumit à une pénitence pu-blique. Ce palais, célèbre encore par d’autres souvenirs, nele fut plus aprèsla chute de la seconde race : les archevêques de Reims en devinrent posses-seurs. La contrée elle-même perdit son activité, et devint une partie ob-scure du comté de Champagne et de diverses antres principautés.
Mézières, commencée par un château fort au 9 e siècle, est célèbre surtoutpour avoir été défendue avec succès par Bayard contre l'armée de Charles-Quinl , malgré l’avis du conseil de François 1 er , qui voulait la détruire, latrouvant loul-à-fait hors d’état de résister. Charlevillc fut fondée par Gon-zague, duc de Mantoueel deNcvcrs, en 103i. Sedan , dont l’origine est an-cienne, fut acquis, au 15 e siècle, par les seigneurs de Josse, qui donnèrentnaissance à la maison de Mark, laquelle compte des guerriers fameux, sur-tout celui qui fut surnommé le Sanglier des Ardennes, au 17 e siècle. Sedan appartint dans la suite à la maison des Turenne. Relhcl, dans les guerresde la Fronde , fut disputé entre Turenne et Coudé . Nous avons nommé lavictoire de celui-ci sur les Espagnols , à Rocroy . H était à peine âgé devingt-deux ans , lorsqu’il la remporta.