92
REGION OU NORD-OUEST
DÉPARTEMENTS.
I
BS
b3
es
o*
-O
ASPECT PHYSIOLOGIQUE
DU PAYS.
Le Morbihan est un pays d’aspectsombre. Scs côtes, déchirées par ungrand nombre de dentelures plus oumoins profondes, semées d'îles ro-cheuses, abondantes en marécages,sont tristes cl presque toujours cou-vertes de brumes. Prés d’elles s’éten-dent de vastes plaines caillouteuses oùla bruyère et l’ajonc disputent le ter-rain au sarrasin et au seigle. Vers lemilieu du département, une chaînede hautes collines vient du nord etI présente des vallées assez fertiles.
/ Derrière, la campagne ne manque pas1 non plus d’une certaine richesse ;mais là aussi presque toutes les pro-priétés sont closes de haies élevées ;presque toutes les habitations sontbasses et se cachent derrière de grandsarbres ; des avenues de chéues noirsbordent les chemins. Le feuillage deschanvres est disséminé par largesplaques sombres dans les campagnes ,et, soit l’aspect de la contrée elle-même , soit l’idée qui poursuit levoyageur, soit l'habitant qu’on ren-contre toujours soucieux et réfléchi,l’on ne peut parcourir sans tristesse lallrctagnc morbihanaise.
' Un climat orageux et humide ;cent cinquante lieues environ de côtesdéchirées par d'innombrables dente-lures, semées d'iles nombreuses, auxpassages dangereux, aux sombres ro-chers de granit, contre lesquels l'O-céan frappe souvent avec fureur etsemble prendre plaisir à briser lesvaisseaux; de côtes à la populationforte cl dure, comme ses entourages ;un pays hérissé au sud et au nord,de l’est à l'ouest, par deux chaînes demontagnes pleines de petites valléessans nombre, froides et brumeuses ;puis, comme pour récompense detant dâpreté, un sol des plus fertiles,arrosé par une infinité de petits coursd’eau, et des plus riches en minerais,mais cultivé et exploité à moitié, se-lon la coutume de la Bretagne ; assezpeu de commerce, peu d’industrie;un habitant capricieux et bizarre,ici propre et bon, là sans aucun soinde lui-même, âpre, méfiant, presquetoujours peu instruit ; voilà le dépar-tement du Finistère .
PRODUCTIONS AGRICOLES
L’agriculture du Morbihan est peu avan-cée; elle récolte peu de froment, mais beau-coup de sarrazin, de seigle, de millet, de lincl de chanvre; beaucoup de fruits à cidreet autres, passablement de miel et de cire detrès-bonne qualité, quelque peu de vin. Leshabitants des îles et du littoral s’occupent dela pêche de plusieurs gros poissons, deshuîtres, et surtout de celle de la sardine, àlaquelle prennent part plus de 2,300 marins.Le département a d’ailleurs d’assez beauxbestiaux , de bons et nombreux chevaux. Sonbeurre est presque aussi estimé que celui dela campagne de Rennes .
Puis on trouve dans le Morbihan des minesde fer qui alimentent plusieurs usines; d’ex-cellent granit, quelques eaux minérales.
Parmi les industries, ou peut mettre aupremier rang la construction de ces petits na-vires élégants et solides qui sortent en si grandnombre de ses chantiers ; puis l'industrie mé-tallurgique; ensuite la fabrique des toiles, desdraps communs, des étoffes grossières de laine,de la dentelle, la tannerie, la papeterie.L’exploitation des marais salants des îles etde lu côte donne un produit annuel d’envi-ron un million de francs. Le commerce descôtes consiste presque tout en cabotage.
CHEFS-LIEUX.
Vannes est située vers l'extré-mité ouest du petit golfe duMorbihan , à une lieue de la mer,avec laquelle elle communiquepar un canal. Son port est petit,et accessible seulement pour leschasse-marées.
Évêché. 10,000 habitants.
C’est une ville très-ancienne,assez commerçante, bâtie au som-met et sur le versant d’un coteauque domine sa lourde cathé-drale. On y trouve de beaux hô-pitaux, un hôtel de préfectureassez curieux , et une petite bi-bliothèque.
Le Finistère a, comme le reste de la Bre tagne , d’excellents pâturages, de bons bes-tiaux, et de bons et nombreux chevaux, sou-vent de fort petite race. Il produit en cé-réales, en légumes, en chanvre et en lin, beau-coup plus qu’il ne lui en faut. Ses arbresfruitiers sont cultivés avec soin. Son sol estsurtout riche eu mines de plomb (à l'oulla-louen et Utièlgoët), les plus considérables dela France ; il contient de la houille, d’excel-lent granit; quelques localités ont des car-rières d’ardoises. La pêche du poisson fraiset de la sardine occupe annuellement environ5,000 marins du département.
Après l’industrie métallurgique, on peutmettre la fabrication des toiles blanches et avoiles, les corderies, la construction des petitsnavires et des barques, la tannerie, la fa-brication des chandelles et du savon, des ma-chines à vapeur.
Sur onze ports de mer que présentent lescôtes, il n’y en a guère que trois d’un peu com-merçants ; Morlaix , Quimper et Brest . Le ca-botage de Quimperlé ne manque pas nonplus d’activité.
Qtiimpcr, ou Quimper-Corentin ,est agréablement situé au penchantd’une colline, dont l’Odet et le Flegsbaignent le pied. Ses maisons, dontles étages avancent en balcons sur lerez-de-chaussée, les murailles et lestourelles qui entourent son ancienquartier, les rochers élevés et couvertsde bois qui dominent son quartierneuf, lui donnent l’aspect le plus pit-toresque.
Le port de Quimper reçoit des na-vires de 200 tonneaux, et dans sa radede Benaudet des frégates mêmes peu-vent jeter l’ancre. Il est surtout im-portant en temps de guerre, parceque des caboteurs, venant du golfede Gascogne, peuvent y arriver sansêtre inquiétés par des flottes enne-mies. On remarque surtout en édificesla cathédrale gothique.
CHEFS-LIEUX
D’ARRONDISSEMENT.
Sur la route de Vannesà Brest , près d’un lac ouétang assez agréable, a5,000 habitants. Soir hos-pice est fort bien situé ettrès-beau. N. E.
Chef-lieu de préfecturemaritime, un des cinqgrands ports militaires duroyaume, à une lieue del’Océan, au confluent de laScorff et du Blavet, est uneville toute moderne, régu-lièrement bâtie et propre.Son port et sa rade sontexcellents. Lorient renfer-me le bagne destiné auxcondamnés militaires, et10,000 habitants. O.
VAQUER KS MAPÜLtflHVIZZE ,
Sur la gauche du Blavet,compte 0,000 habitants, etn’a rien de bien remarqua-ble. N.
A 150 lieues de Paris ,le premier de nos portsmilitaires, et peut-être leplus beau de l’Europe ,compte 30,000 babil. Sarade est une des plus vas-tes; son arsenal, ses ate-liers , ses chantiers, ses bas-sins de construction, sesquais, ses casernes, sontmagnifiques. La ville d’ail-leurs est mal bâtie, en aiu-àtre sur un coteauet divisée en haute et basse.On remarque dans celle-cile quartier de Rccouvrauce.N. O.
Dans un joli vallon , pe-tite ville de 2,000âmes, im-portante par les industriesdes localités environnantes,et son petit poi l sur l’Aul-ne. N.
Port commerçant, auxmarins aventureux, con-tient 10,000 habitants. C’estune vieille ville, assez malbâtie , et encaissée dansde hautes et âpres collines.N.
Sur l’Isollc et l’Elle,contient 5,000 habitants.Son port reçoit les gros ba-teaux. E.
9
REGION DU NORD-OUEST.
HOMMES UTILES
LIEUX REMARQUABLES.
ET CÉLÈBRES.
SOUVENIRS HISTORIQUES.
i
On remarque d’abord dans l’arrondisse-ment de Vannes ; la tour d'Elvcn, célèbredans les annales de la Bretagne ; la grossecommune de Sarzeau , composée d’un grandnombre de villages disséminés qui vivent desmarais salants de leurs env irons ; Saiut-Gil-das, village où se trouvait le couvent qui futun des refuges d’Abeilard.
Celui de Lorient nous offre Auvray, petitport important par ses souvenirs; Cornac,grosse commune composée de hameaux dissé-minés, près desquels se voit le fameux champdes monuments druidiques qui porte sonnom; Hennebon, petite ville de 4 à 5,000âmes aux constructions toutes bizarres ; Port- Louis , ville forte de 3,000 âmes, et portde mer ; Quibéron , bourg de funeste mé-moire , et le fort Penthièrre, tous deuxsitués sur la presqu’île de Quibéron ; Helle-lle, île au sud de Quibéron , avec son chef-lieu Le Palais; 1 ’/Ve de Grouaix, ouGroaix, beaucoup moins considérable quela première, compte 2,500 habitants, tousmarins renommés par leur audace ; la pre-mière , assez fertile, en compte 9,000 ;llouat, autre île au sud du Morbihan , n’aque 250 habitants.
Près de Ploermcl, un obélisque rappellele combat de 30 Bretons contre 30 Anglais en 1350; puis la petite ville de Josselin estfière d’un beau château gothique, manoir dela vieille famille des Rohans . Une autre pe-tite ville porte ce nom glorieux.
Concarneau qui, entouré de murailles, etsitué sur une petite île, contient 1,800 habi-tants marins ou pêcheurs ; Audierne , qui n’aqu’une seule rue, 800 habitants et un portvaste et sôr à l'embouchure de la rivière dePonlcroix; Douarnenez , peuplé de 2,000marins ou pêcheurs ; P/ouinhoc, village cé-lèbre par son point de vue, d’où l’on em-brasse cet immense arc de côtes qui va du llazà la pointedePennearcb, clou la mer sembletoujours en fureur : voilà les lieux les plusremarquables de l’arrondissement de Quiinper.
A six lieues de Brest nous voyons Lander neau , à l’embouchure de l’Erlon, avec debeaux quais, un port assez vaste, mais dedifficile accès; puis en mer, Vile d'Ouessant,près de laquelle les Français battirent uneHotte anglaise en 1778 , petite ile au sol fer-tile, aux riches prairies couvertes de toutpetits chevaux et de moutons, 1,800 habi-tants; Vile de Sein, autrefois Sena, où desvierges druidiques rendaient des oracles fa-meux, et aujourd’hui célèbre par le coura-geux dévouement de ses 50 ou CO famillespour lesquelles tout naufrage est l’occasiond’actions généreuses ; Lanilis, bourg de 2 à3,000 âmes; le Conquet , petite ville mari-time de 1,500 habitants.
L’arrondissement de C.hateaulin nous offreles bourgs mineurs de Huelgoit et de Poulla-Itouen; la laide petite ville de Carhaix, pa-trie de Latour d’Auvergne .
Saint-Pol de Leon, dans celui de Morlaix,compte 6,000 habitants ; Roscoff , petite villeet port commerçant, a 2 à 3,000 habitants.
La Bretagne morbihanaise a vunaître, entre autres personnages dis-tingués, le brave de Richemontl , qui,tout duc de Bretagne qu’il était, sefaisait une gloire d’exercer la chargede connétable de France ; le ducHenri de Rohan , l'un des bons chefsprotestants du rfi* siècle; l'illustreauteur de Gil-Blas, Lesage; Cumbri,antiquaire, auteur d’un précieuxvoyage en Bretagne ; le comte deTinteniac, qui fit lever aux Anglais le siège de Lorient en 1740 ; Georges Cadoudal , accusé d’avoir conspirécontre Bonaparte ; l'excellent agro-nome Hocha; le marin Risson, dontle trait d’héroïsme est si connu ;M. Brizeuz , poète remarquable, au-teur de Marie.
Albert le Grand ; Louis Choque!,poète du 16” siècle; le père André,le Valentin, l’un des grands peintresfrançais ; Fréron , critique des plusdistingués, si fameux par l’inimitiéde Voltaire ; les marins célèbres deLinois, de Krrsnint, de Lamothe-Pi-quet, Cosmao de Kerjulien ; les jé-suites Rongeant et Ilardouin , chassésde leur ordre pour avoir eu tropd’esprit; ce fut le dernier qui ima-gina d’attribuer l'Enéide de Virgile à un moine du 13 e siècle qui avaitvoulu cacher sous le voile de lapoésie antique, le voyage de saintPierre à Rome ; Latour d'Auvergne ,guerrier antiquaire, surnommé lepremier grenadier de France ; le gé-néral Moreau , dont la mort n’a pointentièrement terni l’éclat de vingtglorieuses victoires; le médecin Laën-nec; l’excellent staticicn Moreau deJonnès ; le baron Roujoux, écrivaincurieux et distingué.
Les Fenetcs, qui habitaient jadis le Morbihan , étaient un peuple de marinsbraves et habiles. César ne les vainquit qu’avec la plus grande peine, èt reconnutleur courage par des supplices. Ils curent Vannes pour capitale, et l’on a prétenduqu’ils fondèrent la célèbre Venise dans l’Adriatique . Leur pays est un des plusremarquables sous le rapport des antiquités celtiques qu’il renferme encore aujour-d’hui. Les plus fameuses sont les files de Menhirs de Carnac et de Plùhcrlin, lesdolmens de Locmariarer, de file aux Moines, la Vénus armoricaine.
Vannes parait être l'ancienne capitale des Venetes, dont César disait : Hujusest cieitatis longé anqdissima auctoritas. Peu florissante jusqu'au 11 * siècle, elles'éleva alors rapidement et fut la rivale de Nantes et de Rennes . Le connétable deClisson, attiré par trahison dans ses murs, dut la vie à la présence d’espritd un capitaine nommé Barvalen, sous le duc Charles IV . Les Étals, qui deman-dèrent la réunion de la Bretagne à la couronne, s’y assemblèrent en 1502.
Lorient doit son origine à notre ancienne compagnie des Indes, et ne porte lenom de ville que depuis 1708. Les Anglais , en 1746, tentèrent de s’en emparer,!mais l’audace du comte de Tinteniac, qui feignit de commander à des forces nom- {breuscs tandis qu'il n'avait que deux ou trois cents hommes, les obligea de se re-tirer en désordre. |
C’est à Auray que furent fusillés les malheureux émigrés abandonnés si lâche-ment par les Anglais dans leur descente de Çluiberou en 1795, et pendant l’attaque!des républicains commandés par Hoche.
Port-Louis doit sa qualité de ville aux Espagnols , qui d’un village, nommé!Blavcs, que leur laissa le duc de Mercu-ur eu 1590 , firent le port Louis actuel, !lequel leur fut enlevé par le traité de Vervins .
Nous avons mentionné le combat des Trente en 1350 pendant la guerre entreJean de Montfort soutenu par lès Anglais et Charles de Blois . Les Bretons , com-mandés par Beaumanoir, furent vainqueurs ; mais le combat, qui devait mettrefin a la guerre, ne décida rien ; il se donna dans la lande de Mivoyc, entre Josselinet Ploèrmel : Bcmbro, gouverneur de cette ville, commandait les Anglais . Ce futun écuyer breton du nom de Montauban , qui eut l'honneur de la journée.
Les anciens navigateurs regardèrent longtemps, dit-on, le promontoiredu Finistère comme la limite du monde occidental. Le nom de Finistère ,finis tente, qu’ils lui donnèrent, a été conservé au département parl’Assemblée constituante . Ce département est formé de l’ancien pays desOrismicns, peuple brave et puissant, allié des Venetes. Le pays prit,plus tard, le nom de Pays de Léon , et fut gouverné par les comtes dece nom. Les ducs de Bretagne le réunirent à leurs possessions en 1240.Uneautre partie forma lepays de Cornouailles,dontQuiinperfut Incapitale.
Nous avons parlé de l’oracle de Sena, aujourd’hui l’ile de Sein ; ilétait tenu par neuf vierges appelées .Séries : les marins seuls pouvaientconsulter ces prêtresses. Ou leur attribuait le pouvoir de calmer et de sou-lever les éléments. Le département renferme encore bien d’autres souvenirsdruidiques : nous citerons surtout les files de rochers analogues à cellesde Carnac , qui s’étendent sur le pointe de Toull-Inguel. Les habitants ac-tuels de l’ile de Sein ont, de 1763 à 1817, sauvé près de 10,000 naufragés.
Brest , jusqu’au 17 e siècle, eut peu d'importance ; cependant les Espa gnols , en 1597 , firent de vaincs tentatives pour s’y établir. En 1631 , le'génie de Richelieu découvrit l’importance de sa position : ce grandhomme fit creuser et nettoyer le port, et jeta le fondement des belles!constructions des quais. Vanban acheva l’œuvre en 1080, et quand en’1094 les Anglais , avec 35 vaisseaux et 10,000 hommes de troupes,vinrent'attaquer la nouvelle citadelle maritime de la France , il leur fallut se re-tirer honteusement. Nous avons mentionné leur autre défaite d’Ouessant en 1778. L’ile de ce nom, l’ancienne Uxanlcs des vieux géographes, eutaussi un collège de druides.