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Voyage du monde de Descartes / par le P. G. Daniel
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DE D ES C AE T E S. I. P ART.' 15disoit tous les jours. Mais je fus convaincu dansla fuite qu’il n 7 avoir rien moins que cela; 8cje vous prie aussi de suspendre vôtre jugement.II se réveilla peu de tems aptes, comme en sur-saut, & frapant de la main sur sa table. Enfinà cette fois là , dit-il, je le tiens. II parut ensui-te encore un moment rêveur. Et puis le levantincontinent tout joïeux de dessus fa chaise sansm’appercevoir, il fit deux cabriolles au milieude la chambre , répétant toujours -, Je le tiens,je le tiens. J'éclatai de rire à la veuë de cettefaillie , qui n’étoit pas ordinaire à M. O escar-res, naturellement serieux & mélancolique. Etlui m’aiant entendu St vû en même-tems, ilrougit d’abord , & aprés se mit à rire auffi-bienque moi. Et comme je le pressois de me dire lacause de sa joie & de son ravissement, pourvous punir, me dit-il, de m’avoir vil fair* uneimmodestie indigne d’un Philosophe , vous nele sçaurez pas encore si-tôt. II sortit en même-tems de la chambre où nous étions , 8c entradans un autre cabinet, qu’il ferma fur lui. Néan-moins deux jours aprés il me fit part de son my-stère.

Nous allâmes ensemble faire un tour liors laville , 8c aprés nous être entretenus quelquetems de differentes choses : Hé bien, me dir ilbrusquement, fans avoir recours au caducée deMercure, j’ai trouvé le secret non seulement del’union du corps 8c de l’ame, mais encore celuide les séparer quand il me plaira. J’en ai déjafait l’experience. ç’a été le fruit de la médita-tion , où vous me surprîtes avant-hier, & quandje vous parus me réveiller tout d’un coup, jerevenois de beaucoup plus loin que vous ne pen-ìez. 11 me dit cela d’un ton si sérieux 8c si affir-matif, qu’il me sembla parler tout de bon. II