DES PONTS. a 7 S
On a vu dans le texte que la pression supportée par. la clef desvoûtes du pont de Neuilly est de i^iooo kilogrammes pour un métréde longueur, ou de 217 kilogrammes pour 2$ centimètres quarrés. Uncube de 5 centimètres en pierre de Saillancourt, dont ces voûtes sontconstruites, s’écrase sous une pression de 2994 kilogrammes; ainsi ilparaît que le poids porté est ici quatorze fois moins considérableque celui qui est nécessaire pour écraser la pierre. Mais il faut ob-server qu’à raison du tassement qui s’est fait dans ces voûtes, lacharge n’est point également distribuée sur toute la hauteur de laclef : l’effort principal se fait près de l’arrête supérieure; et, quoiqu’ilne soit pas possible de juger exactement de la portion du poids total,qui est portée par les parties voisines de cette arrête, il est à pré-sumer, à raison du grand surbaissement des voûtes, que cette por-tion est très - considérable, et que le pont de Neuilly est un édificeaussi hardi sous ce rapport que sous tous les autres.
Les parties d’un bloc de pierre comprises entre ses lits de carrièrene sont point exactement homogènes. Les expériences de M. Rondeletont démontré que la pesanteur et la résistance spécifiques étaient plusconsidérables au milieu de la pierre, et allaient en diminuant à me-sure que l’on s’approchait de ses lits supérieurs et inférieurs. La tablen° 3 contient quelques-uns des résultats de ses expériences C 1 ). Ellessemblent indiquer que la résistance des solides tirés des divers partiesd’une même pierre, est assez exactement proportionnelle à la troisièmepuissance de leur pesanteur spécifique. Il paraît d’après cela qu’il estnécessaire, quand on cherche à évaluer la force d’une pierre, d’avoirégard à l’endroit de cette pierre, où le cube qu’on met en expérienceétait placé, et de faire briser plusieurs cubes qu’on aura soin deprendre à diverses distances des deux lits de carrière.
Nous avons dit ci-dessus qu’il paraissait résulter des nos anciennesexpériences que la force de la pierre augmente dans un plus grandrapport que la surface de sa base ; les résultats rapportés par M. Ron-
( 1 ) Traité de l’art de bâtir, tome 3 , page 83 et suivantes.