TUOISIÈME ÉrOQÜE.
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employé l’espace de sept ou huit mois à faire lesdits vaisseaux , jeme prins à eriger uu fourneau semblable à ceux des verreries, le-quel je bastis avec un labeur indicible, car il falloir que je maçon-nasse tout seul, que je destrempasse mon mortier, que je tirassel'eau pour la destrempe d’ieeluy : aussi me lalloit-il moy-mesme allerquérir la brique sur mon dos, à cause que je n'auois nul moyen d'en-tretenir un seul homme pour m’ayder en cette affaire. Je fis cuiremes vaisseaux en première cuisson ; mais quand ce fut à la secondecuisson , je receus des tristesses et labeurs tels, que nul homme nevoudroit croire. Car,au lieu de me reposer des labeurs passez, ilme fallut travailler l’espace de plus d'un mois, nuit et jour, pourbroyer les matières desquelles j auois fait ce beau blanc au four-neau des verriers; et quand j'eus broyé lesdites matières, j’encouvray les vaisseaux que j auois faits.
" Ce fait, je mis le feu dans mon fourneau par deux gueules, ainsique j auois v eu faire auxdits verriers ; je mis aussi mes vaisseaux dansledit fourneau, pour euider faire fondre les esmauxque j’uuois misdessus. Mnisc'estoit une chose malheureuse pour moy; car, combienque je fusse six jours et six nuits devant ledit fourneau sans cesser debruslerbois par les deux gueules, il ne fut possible de pouvoir fairefondre ledit esmail, et estois comme uu homme desesperé ; et com-bien que je fusse tout estoiu didu travail, je me vay adviser que dansmon esmail il y auoit trop peu de matière qui deuoit faire fondre lesautres. Ce que voyant, je me prins à piler et broyer de ladite ma-tière, sans toutefois laisser refroidir mon fourneau. — Quand j'eusainsi composé mon esmail, je fus contraint d’aller encores acheterdes pots, afin d'esprouver ledit esmail, d'autant que j auois perdutous les vaisseaux que j’auois faits. Et ayant couvert lesdites piècesdudit esmail, je les mis dans le fourneau, continuant toujours lefeu en sa grandeur.
« Mais, sur cela, il me survint un autre malheur, lequel me donnagrande lascherie, qui est que le bois m'ayant failli, je fus contraintde brusler les estapes qui soustenoyent les tailles de mon jardin ;lesquelles estant bruslées, je fus contraint de brusler les tables etplanchers de la maison, afin de faire fondre la seconde composition.J’eslnis en une telle angoisse que je ne sçauois dire ; car j'estoistout tari et desseiché , à cause du labeur et de la chaleur du four-neau ; il y auoit plus d’un mois que ma chemise n auoit seiché surmoy ; encores, pour me consoler, on se moquoit de moy ; et mêmeceux qui me deuoieut secourir alloient crier par la ville que je l'ai-