HISTOIRE DE LA CHIMIE.
I 18
* « Ht pour ce qu’il auoit besoing d’argent fin en limaille, nous
en acheptasmes trois marcs, et les fismes limer; duquel il en faisoitde petits ciouz, auec vue paste artificielle, et les mesloit auec le ci-nabre pulvérisé, puis les faisoit decuyre dans nng vaisseau de terrebien eouuert, par certain temps. Et quand ils estoient bien secs, illes faisoit fondre ou les passoit par la coupelle; tellement que noustrouuions trois marcs et quelque peu davantaige d’argent fin,qu’il disoit cstre sorty du cinabre, et que ceul.v que nons y auionsmis d'argent fin s’en estovent volez en fumée. »
Tout le monde comprend que c’est tout le contraire qui devaitarriver : le cinabre, (confondu alors avec l’oxyde rouge de mer-cure) étant volatile, s’envolait, et l'argent restait en même quan-tité qu’on avait employée.
On n’a donc pas beaucoup de peine à comprendre la complaintequi suit :
« Si c’estoit proufit, Dieu le sçait ; et par moy aussi qui despendisdes escus plus de trente.
« Toutesfois il asseuroit tousiours qu’il y auoit du gaing; desorte que auant le Noël suyvant cela fust tant cogneu en Paris ,qu'il n'estoit fils de bonne mère s’entremeslant de travailler en !nscience, qui ne sçauoit ou auoit entendu parler des ciouz de ci-nabre, comme vn aultre temps après fust parlé des pommes decuivre, pour fixer là dedans le mercure auec la lune. »
Ayant passé trois ans inutilement à Paris , et perdu ses huit centsécuset d autres sommes encore que son ami l’abbé lui axait envoyées,il retourna dans son pays. Arrivé chez lui, il trouva une lettre duroi de Navarre, père de Henri IV, qui l’invita à se rendre à Pau ,
« pour luy apprendre les secrets que jauois appris; qu'il meferoit fort bon traictement, et me reeompenseroit détruis ou quatremil escus. Ce mot de quatre mil escus cliastouilla tellement lesoreilles de l’abbé, que, se faisant croire qu’il les auoit desia en sabourse, il n eust jamais cessé que je ne fusse party pour aller àPau , ou j arrivay au moys de may, sans travailler environ sixseptmaines, pour ce qu'il fallut recouvrer les simples ailleurs. Maisquand j euz achevé, j’eu recompense que je m attendois. car en-core que le roy eust bon vouloir de me faire du bien, il me ren-voya avec un grand mercys, et que j’advisasse s’il n’y auoit rien enses terres qui fust eu sa puissance de me donner, comme confisca-tions ou aultres choses semblables; qu’il me le donnerait volontiers.
« Cette response me fust tant ennuyeuse, que, sans m’attendre à