TROISIÈME ÉPOQUE. 119
ses belles promesses (pour en auoir esté autrefois nourry à mesdespences), je m’eu retournay vers l'abbé. »
Enfin un docteur religieux détourna le malheureux alchimistede la voie qu'il avait jusqu'ici suivie, et lui conseilla de. s'adonner àla lecture des anciens philosophes. Sur ce conseil, Zecaire prit cequi lui restait d’argent, et se rendit encore une lois à Paris .
« Par quoy je m'eu allay à Paris , où j’arrivay le lendemain dela Toussaincts en l'année 1546, et là j’acheptay pour dix escus delivres en la philosophie, tant des anciens que des modernes; vuepartie desquels estoyeut imprimez, et les aultres escriptz de main,comme la Tourbe des philosophes (l), le bon Trevisun (2), laComplaincte de la nature (3), et aultres divers traités qui n’auoientjamais esté imprimez. Et m’ayant loué vne petite chambre aufauxbourg Saint-Marceau, l’uz là ung an durant, auec ung petitgarson qui meseruoit, sans fréquenter personne, estudiant jouret nuict en ces auteurs. «
Après avoir surmonté des obstacles de tout genre, il parvintenfin à faire de l’or, ainsi qu’il le raconte lui-même :
« U ne se passoit jour que je ne regardasse d'vne fort grandediligence l'apparition des trois couleurs que les philosophes ontcscript debuoir apparoistre avant la perfection de nostre divineœuvre, lesquelles (grâces au Seigneur Dieu), je veis l'vne aprèsI aultre; si bien que, le propre jour de Pasques après, j’en vis la\rnye et parfaicte expérience sur l'argent vif eschauffé dedans ungcrisol, lequel je convertis en tin or devant mes veulx, à moinsd vue heure, par le moyen d'vn peu de ceste divine pouldre. Sij’en liiz aise, Dieu le sçait. Si je ne m'en vantis-je pas pour cela;mais après auoir rendu grâces à nostre bon Dieu , qui m’auoit faicttant de faveur et grâce par son fllz et nostre rédempteur JesuEhrist, et l’auoir prié qu'il me illuminast par son Sainct Espritpour en pouvoir user à son honneur et louaiuge, je m'en allay lelendemain pour trouver l'abbé, etc. »
Zecaire garda la pierre philosophale pour lui. Il quitta la France ,« alin de mener ung fort petit train à l'étranger; » ce qui ne plaidepas en faveur de la transmutation du mercure en or.
(1) Voy. Hist. de la chimie, t. I, p. 291.
(2) Ibid., p. 421.
(3) Ibid., p. 405.