TROISIÈME ÉPOQUE. 207
mais vous ne ferez jamais croire à personne que votre bœuf est unûne (l). »
Afin d’apprécier tout le mérite de kunckel, il faut se rappeler que,pour déblayer le terrain de la science, il avait à lutter contre desobstacles dont nous soupçonnons aujourd'hui à peine l'existence.
Le fameux alkahest de Paracelse et de Van-Helmont ne devaitpas non plus échapper à la satire mordante de kunckel. Gu se rap-pelle que l’ alkahest était le dissolvant universel qui devait, par con-séquent, dissoudre le verre, la silice, le soufre, l'or, en un mot tousles corps. « Mais si l’alkahest, remarque le spirituel kunckel, dissouttout ce qui est, il doit aussi dissoudre le vase qui le renferme ; s’ildissout la silice, il doit dissoudre le verre, qui est fait avec de lasilice. On a beaucoup discuté sur ce grand dissolvant de la nature :les uns le font dériver du latin ulkali est, les autres, de deux motsallemands ail geist (tout esprit), enfin d’autres le font venir deailes est (c'est tout). Quant à moi, qui ne crois pas au dissolvantuniversel de Van-Helmont , je l’appellerai par sou vrai nom, ailesLügen heist ou ailes Lü-jen ist (tout cela est mensonge) (2). *
Voulez-vous savoir ce que kunckel pensait de la question si con-troversée de la transmutation des métaux?
« Dans la chimie, dit-il, il y a des séparations, des combinaisons,des purifications; mais il n’y a pas de transmutations. L’œuf éclotpar la chaleur d’une poule. Avec tout notre art, nous ne pouvonspas faire un œuf ; nous pouvons le détruire et l’auahser, mais voilàtout (3). »
Ces paroles étaient dirigées contre les alchimistes, qui, dans leurorgueil, s’attribuaient le pouvoir non-seulement de transmuter desmétaux, mais de créer des êtres vivants à l aide-de certains éléments.
Il s’était surtout rendu redoutable aux adeptes qui, avec leurpoudre de projection, exploitaient la crédulité des riches. I n cer-tain baron alchimiste avait offert à l'électeur de Saxe de lui ensei-gner l'art de faire do l'or. L’électeur, avant d'acheter le secret,consulta kunckel, qui découvrit que la poudre de projectiou de cetalchimiste n’était autre chose qu’un composé rouge de soufre, d’ar-
(1) Yollstaendiyes laborat., p. 181.
(2) Ibid., p. 475.
(3) Ibid., p. 524.