262
HISTOIRE DE U CHIMIE.
De la partie aérienne de l’esprit de nitre.
« Il est d’observation que les sels fixes et les sels volatiles, etmême les vitriols, ayant été calcinés jusqu’à expulsion totale deleurs esprits acides, absorbent, par une longue exposition à l'air,une certaine acidité ( aciditatem quamdam contraliunt). Déplus,la limaille de fer, exposée à l’air humide, est corrodée comme sielle était attaquée par des acides, et se convertit en safran de marsapéritif. Il semble donc qu’il existe dans l’air uq, certain espritacide et nitreux ( spiritum quemdam acidum nitrosumque in aereresidere ).
« Cependant, en examinant la chose plus attentivement, ontrouve que l’esprit acide de nitre est trop pesant proportionnelle-ment à l'air dont il se compose; et puis, l'esprit nitro-aérien(spiritus nitro-aerus), quel qu'il soit, sert d'aliment au feu et en-tretient la respiration des animaux, comme nous le démontreronsplus bas; tandis que l'esprit acide de nitre ( spiritus nilri acid us)est éminemment corrosif, et, loin d'entretenir la vie et la flamme,il n’est propre qu’à les éteindre.
« Iîien que l’esprit de nitre ne provienne pas en totalité de l’air,il faut cependant admettre qu’une partie en tire son origine.
« D'abord, on m’accordera qu'il existe, quel que soit ce corps,quelque chose d’aérien, nécessaire à l’alimentation de la flamme(concedendum arbitrer nonnihil , quiequid sil, aercum, adJlammam quamcumque conjlandam necessarium). Car l’expé-rience démontre qu'une flamme exactement emprisonnée sous unecloche ne tarde pas à s’éteindre, non pas, comme on le croit vul-gairement, par l'action de la suie qui se produit, mais par privationd'un aliment aérien (pabulo aereo deslitutam interire). Dans unverre où l’on a fait le v ide, il est impossible de faire brûler à l’aided’une lentille les substances même les plus combustibles, telles quele soufre et le charbon.
« JJais il ne faut pas s’imaginer que l’aliment igno-aérien soittout l’air lui-même; non : il n’en constitue qu’une partie , maisla partie la plus active (l).
(I) At non est existimandum pabulum igno-aereum ipsum aerem esse,sed tantum ejusparlent magis aetivam.