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Exposition du système du monde / par M. le comte Laplace
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ï 9 6 EXPOSITION

que l’observation ne fait point apercevoir .Les comètes, les planèteset les satellites sont donc assujétis à la même loi de pesanteurvers cet astre. En même temps que les satellites se meuvent autourde leur planète, le système entier de la planète et de ses satellites,est emporté d’un mouvement commun, dans l’espace, et retenupar la même force autour du soleil. Ainsi le mouvement relatif dela planète et de ses satellites, est à peu près le même que si laplanète était en repos et n’éprouvait aucune action étrangère.

Nous voilà donc conduits sans aucune hypothèse et par une suitenécessaire des lois des mouvemens célestes, à regarder le centredu soleil, comme le foyer d’une force qui s’étend indéfiniment dansl’espace, en diminuant en raison du carré des distances, et qui attiresemblablement tous les corps. Chacune des lois de Kepler nousdécouvre une propriété de cette force attractive : la loi des airesproportionnelles aux temps, nous montre qu’elle est constammentdirigée vers le centre du soleil : la figure elliptique des orbesplanétaires nous prouve que cette force diminue comme le carréde la distance augmente : enfin, la loi des carrés des temps desrévolutions, proportionnels aux cubes des grands axes des orbites,nous apprend que la pesanteur de tous les corps vers le soleil, estla même à distances égales. Nous nommerons cette pesanteur,attraction solaire; car sans en connaître la cause, nous pouvonspar un de ces concepts dont les géomètres font souvent usage,supposer cette force produite par un pouvoir attractif qui résidedans le soleil.

Les erreurs dont les observations sont susceptibles, et les petitesaltérations du mouvement elliptique des planètes, laissant un peud’incertitude sur les résultats que nous venons de tirer des lois dece mouvement- on peut douter que la pesanteur solaire diminueexactement en raison inverse du carré des distances. Mais pourpeu qu’elle s’écartât de cette loi, la différence serait très-sensibledans les mouvemens des périhélies des orbes planétaires.Le périhéliede l’orbe terrestre aurait un mouvement annuel de 200 ", si l’onaugmentait seulement d’un dix-millième, la puissance de la distancea laquelle la pesanteur solaire est réciproquement proportionnelle :ce mouvement n’est que de 36",4 suivant les observations, et nous