DU SYSTÈME DU MONDE. 551
sans eu donner la preuve, qu’une infinité de lois d’attraction peuventproduire ce phénomène. La supposition qu’il fait de l’action duverre, sensible jusque sur les molécules de l’eau, situées dans l’axedu tube, devait l’éloigner de la véritable explication du phénomène ;mais il est remarquable que s’il fût parti de l’hypothèse d’une attrac-tion insensible à des distances sensibles, et s’il eût appliqué auxmolécules situées dans la sphère d'activité des parties du tube,l’analyse des forces, dont il a fait usage pour les molécules de l’axe -,il aurait été conduit, non-seulement au résultat de Jurin, maisencore à ceux que nous avons obtenus par la seconde manièredont nous avons envisagé les phénomènes capillaires. On voit parcette méthode, que si le liquide mouille parfaitement le tube, onpeut concevoir que la partie du tube, supérieure à la surface duliquide, d’une quantité imperceptible, le sollicite à s’élever, et letient suspendu en équilibre, lorsque le poids de la colonne élevée,balance l’attraction de cet anneau du tube. Ce n’est pas, commeJurin le prétend, l’anneau même en contact avec le liquide, quiproduit ces effets, puisque son action est horizontale : ces phéno-mènes prouvent que l’action réciproque du tube et du liquidene s’arrête point aux surfaces. Mais le principe de Jurin, quoiqueinexact, l’a conduit à une conséquence vraie, savoir, que le poidsde la colonne liquide est proportionnel au contour de la baseintérieure du tube ; conséquence que l’on doit étendre généralementà un tube prismatique, quels que soient sa forme intérieure et lerapport de l’attraction de ses molécules sur le liquide, à l’attractiondes molécules liquides sur elles-mêmes.
La ressemblance de la surface des fluides contenus dans lesespaces capillaires, et des gouttes liquides, avec les surfaces dontles Géomètres s’occupèrent à l’origine du calcul infinitésimal, sousles noms de lintéaire, d’ élastique, porta naturellement plusieursPhysiciens à considérer les bquides, comme étant enveloppés desemblables surfaces qui par leur tension et leur élasticité, donnaientaux liquides, les formes indiquées par l’expérience. Segner , l’undes premiers qui aient eu cette idée, sentit bien qu’elle n’étaitqu’une fiction propre à représenter les phénomènes, mais quel’on ne devait admettre qu’autant qu’elle se rattachait à la loi