LES AVIATEURS
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Cette ascension, l’une des plus remarquables et des plus drama-tiques de l’histoire des ballons, se termina par une épouvantablecatastrophe. Après une excursion aérienne, qui se prolongeatoute la nuit, les voyageurs, qui comprenaient M. et madameNadar, E. d’Arnoult, Saint-Félix, de Montgolfier, Thirion etJ. Godard, descendirent dans le Hanovre le lendemain versdeux heures de l’après-midi, à 640 kilomètres de leur point dedépart. Le vent était d’une violence extrême, et le Géant futemporté par un traînage qui peut être considéré comme l’undes plus terribles de l’aéronautique. Nous en empruntons lerécit à l’ouvrage que M. E. d’Arnoult a publié à ce sujet.
«— Nous jetons les ancres! crie Godard, nous touchons,tenez-vous bien. Ah!....
« La nacelle venait de toucher terre avec une violence inouïe.Je ne sais comment il se fait que mes bras ne s’arrachèrent point.
« Après ce premier choc épouvantable, le ballon remonta;mais la soupape était ouverte, il retomba, et nous eûmes unesecousse, sinon plus terrible, au moins plus douloureuse que lapremière ; le ballon remonta, il chassait sur les ancres ; tout àcoup nous crûmes être précipités à terre.
«— Les amarres sont cassées! cria Godard. Le ballon donna dela tête comme un cerf-volant qui tombe. Ce fut horrible.
« Nous chassions avec une vitesse de dix lieues à l’heure versNienburg . Trois gros arbres furent coupés par la nacelle commepar la hache d’un bûcheron ; une petite ancre restait encore ; onla jeta, elle s’agrafa au toit d’une maison dont elle enleva la char-pente. Si le ballon nous traînait sur la ville, nous étions mis enpièces; heureusement il s’éleva pour retomber 200 mètres plus loinavec les mêmes secousses pour la nacelle. Chacun de ces chocsnous disloquait les membres ; pour comble de malheur, la cordede la soupape se détacha, et celle-ci se refermant, il nous fallutperdre l’espoir de voir le ballon se dégrossir.
« Celui-ci s’élevait à 23 , 3 o, 40 mètres du sol avec des bruisse-ments affreux, puis il retombait toujours avec les mêmes coupsde tête. Tout ce qui se trouvait à portée de la nacelle était coupé,broyé, détruit. Un bouquet de petits arbres, une barrière se pré-