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1801 - 1890.
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IOÔ

HISTOIRE l»ES BALLONS

profondeurs inconnues de latmosphère. Lexpédition eut lieusous les auspices de la Société de Navigation aérienne, lei 5 août 1875. Nous avions emporté, dans la nacelle du Zénith,des ballonnets à gaz oxygène, qui, daprès les remarquablesétudes de M. Paul Bert, devaient nous permettre de résister i\1inHuence de la dépression atmosphérique. Mais, hélas I nousavions compté sur un ennemi qui se fait voir pour le combattre,et nous ne pouvions nous douter que laction du vide «les hautesrégions se traduit par une sorte de paralysie inconsciente, quidevait nous ôter la force même de porter à notre bouche lesappareils respiratoires.

Cest à laltitude de 8000 mètres au-dessus du niveau de lamer, que je me sentis tout à coup inerte et comme anéanti. Jeregardais laiguille du baromètre anéroïde, et je la voyais passerau point que nous voulions atteindre. Je veux mécrier: « Noussommes à 8000 mètres, » mais ma langue est paralysée, et toutà coup, je tombe comme mort au fond de la nacelle, à côté demes amis, également affaissés.

Pendant près de deux heures le Zénith va sélever encore,dépasser une altitude de 8600 mètres comme ont pu l'indiquerplus tard les baromètres témoins, et continuer à parcourir cesdéserts glacés, solitudes immenses et mystérieuses nul êtrevivant ne pénètre jamais.

Tout à lheure le Zénith, peu à peu rappelé par la pesanteur,va revenir de lui-même dans des régions moins dangereuses.Mais, à 7000 mètres d'altitude, sur les trois voyageurs, il ny enaura quun seul à se réveiller, un seul pour soulever la tète descs amis que la mort a frappés, pour leur adresser en vain desappels désespérés, pour voir leur face noircie par lasphyxie,leurs lèvres tuméfiées, et pour ramener au port les cadavres deces naufragés sublimes qui, pour la première fois, sont morts « enmontant ».

Nous reproduisons la lettre que nous avons écrite au lendemainde la catastrophe à M. Hervé Mangon, président de la Sociétéde Navigation aérienne.