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HISTOIRE l»ES BALLONS
profondeurs inconnues de l’atmosphère. L’expédition eut lieusous les auspices de la Société de Navigation aérienne, lei 5 août 1875. Nous avions emporté, dans la nacelle du Zénith,des ballonnets à gaz oxygène, qui, d’après les remarquablesétudes de M. Paul Bert, devaient nous permettre de résister i\1 ’inHuence de la dépression atmosphérique. Mais, hélas I nousavions compté sur un ennemi qui se fait voir pour le combattre,et nous ne pouvions nous douter que l’action du vide «les hautesrégions se traduit par une sorte de paralysie inconsciente, quidevait nous ôter la force même de porter à notre bouche lesappareils respiratoires.
C’est à l’altitude de 8000 mètres au-dessus du niveau de lamer, que je me sentis tout à coup inerte et comme anéanti. Jeregardais l’aiguille du baromètre anéroïde, et je la voyais passerau point que nous voulions atteindre. Je veux m’écrier: « Noussommes à 8000 mètres, » mais ma langue est paralysée, et toutà coup, je tombe comme mort au fond de la nacelle, à côté demes amis, également affaissés.
Pendant près de deux heures le Zénith va s’élever encore,dépasser une altitude de 8600 mètres comme ont pu l'indiquerplus tard les baromètres témoins, et continuer à parcourir cesdéserts glacés, solitudes immenses et mystérieuses où nul êtrevivant ne pénètre jamais.
Tout à l’heure le Zénith, peu à peu rappelé par la pesanteur,va revenir de lui-même dans des régions moins dangereuses.Mais, à 7000 mètres d'altitude, sur les trois voyageurs, il n’y enaura qu’un seul à se réveiller, un seul pour soulever la tète descs amis que la mort a frappés, pour leur adresser en vain desappels désespérés, pour voir leur face noircie par l’asphyxie,leurs lèvres tuméfiées, et pour ramener au port les cadavres deces naufragés sublimes qui, pour la première fois, sont morts « enmontant ».
Nous reproduisons la lettre que nous avons écrite au lendemainde la catastrophe à M. Hervé Mangon, président de la Sociétéde Navigation aérienne.