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Livre XV. Amérique boréale.
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GLACES DE L'OCÉAN POLA1KE.

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Jakobshavn et autres glaciers du Groenland , des fragments détachés d’unfleuve cristallin s’avançant au loin dans la mer, mais des glaces terrestres dontles couches se sont déposées sur un sol uni et que la pression des masses del’intérieur a graduellement expulsées et lancées sur la mer comme des ra-deaux. Les stratifications parallèles que l’on distingue, du moins à distance,dans ces blocs cubiques, et qui proviennent évidemment des neiges tombéesdans chaque saison et successivement transformées en cristal, prouvent queces monts de glace ont bien une origine terrestre et ne sont point de simplesagglomérations de glaçons maritimes, car les débris poussés par les courantset les vagues ont toujours un aspect chaotique témoignant du désordredans lequel ils se sont agrégés 1 . Des pierres, ayant fait partie de morainesmédianes, cheminent avec les blocs, engagées dans l’épaisseur des glaces.

hn hiver, presque toutes les îles de l’archipel Polaire s’unissent les unesaux autres et au continent d’Amérique par un plancher continu, composéde fragments anciens soudés par des glaces nouvelles. Suivant la tempéra-ture et le mode de prise, la jeune glace est plus ou moins pure de sub-stances salines; elle apparaît d’abord comme une sorte de bouillie, puis lesamas floconneux se coagulent peu à peu et se transforment en une massefeutrée, qui, au lieu de devenir dure et cristalline comme la glace d’eaudouce, prend la consistance du cuir quand elle contient une quantité no-table de sel : les marins du Canada lui donnent le nom de peau 2 . Elle on-dule comme un tapis sur les vagues; mais elle n’est pas moins résistanteque la glace d’eau pure et finit aussi par emprisonner les navires, d’au-tant plus facilement qu’elle est de nature un peu visqueuse et se prendbientôt en une banquise continue avec les glaces flottantes. C’est généra-lement le long des rivages que les embarcations trouvent un chemin libre :de même que les rivières ont leur plus grande profondeur et leur plus fortcourant à la base des rochers riverains, de même la mer s’agite et gonfleses marées près de ses berges et brise les minces « frazis » qui recou-vrent l’eau du chenal côtier. Mais à la longue ces voies se ferment aussi. Onsait combien souvent les vaisseaux des explorateurs ont été saisis commedans un étau par la carapace glacée et même, après le long hiver, sontrestés pris pendant toute la belle saison, alors que les matelots, errantautour de leur navire, se plaignaient d’une trop grande chaleur. Parfoisune fissure se faisait dans les glaces, et les bâtiments, un instant dégagés,avançaient quelque peu; mais bientôt ils se trouvaient dans une impasse et

1 Ailolplms XV. Grooly, Proceedings of tlie R. Ccograpli irai Society, Mardi 18813.

- Fortin; Daniel I'aquet; voir la préface iln Voyage de la ((Jeannette ». (Trait, française.)