Band 
Livre XVII. Indes occidentales.
Seite
375
JPEG-Download
 

POPULATIONS INDIGÈNES DU GUATEMALA .

375

Indiens du voisinage devenus leurs esclaves ; les prêtres aussi voulaientavoir les convertis à côté de l’église, et c’est ainsi que se fondèrent desvillages ; mais dans les commencements il lut 1res difficile de les peupler :les Indiens s’enfuyaient pour reprendre leur vie libre dans les bois, quel-quefois aussi pour préparer une attaque. Même de nos jours, il suffit d’unerumeur de danger politique ou autre pour que les villages soient désertés;en mainte occasion, l’annonce d’un recensement prochain, présage d’unaccroissement d’impôt, a dispersé des populations entières.

Bans le voisinage immédiat des ladinos, les Indiens ont fréquemment laphysionomie triste et soucieuse, mais dans les districts où la population estrestée presque pure, la gaieté primitive s’est maintenue en même tempsque la cordialité et la parfaite politesse dans les relations. Le cérémonialdes visites est réglé avec un soin extraordinaire ; l’étiquette est pratiquéesans aucune raideur. En se présentant à la porte de la cabane amie, lenouveau venu s’incline devant le « petit père » et s’excuse d’entrer; ils’enquiert de la santé de tous, et le nom de Dieu, introduit de l’espagnol dans les langues indigènes, revient sans cesse dans les formules, en remer-ciement ou en prière; quand l’Indien rencontre un vieillard, il le prie, enélevant la voix sur un mode aigu, de toucher sa tète du doigt, comme pouravoir communication d’un tluide sacré. Les réunions musicales sont trèsgoûtées : le moindre prétexte, surtout la mort d’un petit enfant, dont « leciel a fait un ange », justifie les fêtes, auxquelles tout le monde est gra-cieusement invité. Les Indiens, principalement les Maya de Petén, ont ungoût très fin pour la musique : à cet égard, ils seraient supérieurs auxEspagnols . Les Itza chantent avec une parfaite justesse et varient leursthèmes d’une manière originale ; d’après Morelet, leurs chants ont une« allure vive et brillante », bien différente de la mélodie plaintive desladinos. Le même voyageur croyait à l’origine indigène de plusieurs instru-ments de musique; telles la chirimiya, qui offre quelque ressemblanceavec la clarinette, et la marimba, série de tubes verticaux en bois, formésde calebasses inégales, qui sont, disposés comme les tuyaux d’une flûtede Pan, percés à l’extrémité inférieure et à demi fermés par une fine mem-brane : des planchettes en bois, placées au-dessus de l’orifice supérieur destubes et de dimensions correspondantes à chacun d’eux, forment le clavier,que frappent les baguettes de l’exécutant en faisant rendre à l’instrumentun son d’une singulière puissance, qui l’emporte de beaucoup, dit Morelet,« sur le maigre accent du piano ». Brasseur de Bourbourg et von Tempsky 1

1 Mitla, .4 Narrative of incidents and adventures in Mexico, Guatemala and Salvador .