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Livre XVII. Indes occidentales.
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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

sang non américain dans les veines. Sur les _ ' ations, les croisementsn’ont cessé de se faire entre la classe des maîtres et celle des serviteurs, etles esclaves noirs, que les dominicains avaient introduits pour cultiver leursterres, ont ajouté à ce mélange des races. On peut dire qu’il n’y a plus denègres au Guatemala , quoiqu’on reconnaisse leurs traits plus ou moinsmodifiés en des populations entières.

Ce qui sépare les « Indiens » et les ladinos n’est pas tant la différencede race que celle des positions sociales. Les ladinos sont ceux qui jouissentd’une instruction relative, et qui, bien apparentés, peuvent ambitionnerdes places et des fonctions politiques. Les Indiens n’ont d’autre car-rière, dans la vie que celle du travail, et ils travaillent en elfet. D’ailleursils sont pour la plupart très laborieux, même quand leur labeurprofite à d’autres. Agriculteurs en grande majorité, ils cultivent le sol avecintelligence et ne se refusent point à changer leurs procédés ou leurs cul-tures quand l’expérience a prononcé. Ils apprennent facilement tous lesmétiers ; dans les villes, ce sont les Indiens qui maçonnent et cliarpentent,eux qui fabriquent les meubles de toute espèce ; jadis d’une singulièrehabileté pour faire des ouvrages en plumes, ils ont gardé beaucoupd’adresse pour tous les travaux délicats, et sous le régime dominicain ils’était formé parmi eux, surtout à la Antigua, toute une école de sculp-teurs sur bois, dont on voit encore çà et là les œuvres remarquables dansles églises : quelques-uns de ces artistes furent même envoyés en Europe 1 .Enfin, comme marchands au détail, les Indiens réussissent, à force depatience, de sobriété, d’énergie à supporter les plus grandes fatigues : il neleur coûte rien de parcourir une centaine de kilomètres pour porter au delàdes barranques ou des chaînes de montagnes un panier de fruits, dessemences ou quelque produit de leur petite industrie. Chaque année, desIndiens organisés en cuadrillas ou «compagnies» et revêtus de leur smjxralou manteau en feuilles de palmier, quittent les terres froides des Altos,pour aller s’engager dans les villes ou dans les plantations des terres plusbasses et revenir chez eux quelques mois après, l’apportant un petit pé-cule à leur famille. La probité des caravaniers est parfaite. Quand des bêlesde somme meurent ou s’estropient en route, la charge est déposée sur lebord du chemin et couverte de branchages : les convoyeurs ne manquentpas de la retrouver au retour.

Quoique méprisé par le ladino, l’Indien produit toute la richesse duGuatemala ; c’est aussi l’indigène qui, par ses qualités morales, dispose de

* Arthur Morelet, ouvrage cité.