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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
La population actuelle des lies antiliennes est, dans ses éléments princi-paux, d’une origine singulièrement mêlée. L’Europe, l'Afrique, l’Asie ont,encore plus que l’Amérique , contribué à leur peuplement ; les Chinois,les Hindous, que Colomb croyait rencontrer dans le Nouveau Monde, ysont en effet venus et presque chaque île en a sa colonie. Les Africains,qui ont la majorité numérique dans la société nouvelle des Antilles , pro-viennent de toutes les régions du continent « noir»; les négriers de diversesnationalités qui allaient les ravir ou les acheter sur les cotes africainesavaient tous leur marché spécial, et les hasards du commerce et de laguerre entraînaient vers le littoral les nègres de l’intérieur. De leur coté,les blancs, qui s’étaient asservi cette population d’esclaves noirs et quipar les croisements ont constitué la race dominante aux Antilles , viennentde toutes les parties de l’Europe . Les Castillans et Andalous, fils des pre-miers conquérants et colons, y sont encore nombreux à côté des immi-grants de la Catalogne, des provinces Yascongades et de la Galice . LesAnglais , Ecossais et Irlandais, venus du lloyaume-Uni, y rencontrèrentles loyalistes américains émigrés après la proclamation de l’indépendancedès Etats-Unis. Français, Hollandais, Danois , prenant leur part du mondeantilien, y ont aussi leurs représentants en grand nombre. En outre, onracolait des « engagés », c’est-à-dire des blancs achetés pour un escla-vage temporaire, et désignés, suivant les contrats, par la durée de la servi-tude : en Haïti on les appelait les « Trente-Six Mois. » Les flibustiers ougens à « franc-butin' », les boucaniers, qui couraient les îles espagnolespour en « boucaner » le bétail sur les plages écartées, tous ces vagabondssans peur et sans scrupules régnèrent longtemps dans les mers des IndesOccidentales , recrutant sans cesse de nouveaux pillards, connus ironique-ment sous le nom de « frères de la Côte ».
L’état politique et social des régions antiliennes pendant les trois sièclesqui suivirent la découverte du Nouveau Monde fut un chaos : entre lescoureurs d’aventure, à la fois marchands, planteurs, soldats, la lutte étaitatroce; la vie, la liberté humaine n’avaient plus aucune valeur. Sur unemême île, des ennemis occupaient des promontoires voisins, et, toujoursarmés, se surveillaient les uns les autres, attendant le moment favorablepour une attaque et pour l’égorgement. Les navires de commerce secachaient pendant le jour dans quelque crique discrète, derrière un rideaude palétuviers, et se hasardaient peureusement la nuit dans la mer libre :pas de voile lointaine qui ne lut suspecte, car tous étaient forbans les uns