C76
NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
D’après les statistiques officielles, le nombre des blancs l’emporteraitdans l'ile de Cuba sur celui des noirs et des gens de couleur. Du reste, ilest naturel qu’il en soit ainsi : la nuance plus ou moins foncée de la peauayant été jadis la raison d’ètre de la liberté ou de l’esclavage, chaque Cubainlibre devait essayer, sinon de blanchir, du moins d’être officiellementclassé comme ayant la peau blanche. Grâce aux complaisances du fisc, lenombre des prétendus blancs n’a cessé de s’accroître parmi les gens de cou-leur : lors du voyage de IDimboldt, ce « blanchiment officiel » était rare,mais, à la longue, des changements de cette nature ont fini par avoirleur importance. Les affranchis qui désiraient se voir inscrits parmi les« Caucasiens » n’avaient qu’à faire transférer leur acte baptismal du livreparoissial des pardos dans celui des blancs, moyennant diverses formalitésqui leur coûtaient de huit à dix onces d’or, c’est-à-dire de 680 à850 francs', et la 'statistique leur était désormais favorable. Toutefoisl’élément blanc d’une pureté parfaite ne domine point à Cuba , si ce n’estdans les villes, où l’immigration espagnole a été récemment très con-sidérable.
Dès que les planteurs de Cuba eurent compris que tôt ou lard leursesclaves seraient affranchis, ils s’occupèrent d’introduire de nouveaux tra-vailleurs. Tandis que dans les possessions anglaises et françaises, les pro-priétaires cherchaient à recruter leurs équipes surtout au moyen de coulishindous, les Cubains s’adressèrent aux marchands de Macao et de Cantonpour en obtenir des « engagés » chinois, esclaves temporaires qui devaientêtre libérés après avoir fourni un certain nombre d’années d’un travail obli-gatoire. Mais la population asiatique vivant actuellement dans l’ile est debeaucoup inférieure à l’ensemble des engagés venus depuis le milieu dusiècle; de même qu’autrefois les nègres bozales, les coulis chinois, les unsvolés, les autres attirés par de fausses promesses, n’étaient jamais importéspar groupes de famille : très rares étaient les femmes débarquées par lesmarchands d’hommes, et les nouveaux venus, livrés d’avance aux vicescontre nature, étaient presque tous condamnés à mourir sans postérité :bien peu s’unissaient à des femmes d’autre race. Lors du recensement de1877, on comptait à Cuba 45 811 Chinois, presque tous célibataires etdans la force de l’âge : cent vingt mille avaient été introduits dans l’ile etplus de seize mille étaient morts en route, près de 12 pour 100. L’immi-gration yucatèque a fourni aussi des milliers de travailleurs aux plantationsde Cuba . Les Maya bêchent le sol à côté des Chinois, et lorsque les uns et les
i G. d’Hcspel d’IIarponville, La Reine des Antilles.