714
NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
les villes, on n’y voit presque pas de blancs. En s’emparant, de l’ile, lesAnglais expulsèrent les anciens propriétaires espagnols, mais ils gardèrentles esclaves qui ne s’étaient pas échappés des plantations, et s’occupèrentavec zèle d’en augmenter le nombre. Les marchands de Bristol et de Liver-pool, associés avec-la couronne, possédaient désormais un entrepôt où ilspouvaient remiser leur marchandise humaine en attendant les acheteursdes antres Antilles . Bryan Edwards évalue à "2150 DUO les Africains im-portés par les négriers anglais au Nouveau Monde et à (310 000 ceux qu’ilsdébarquèrent dans la seule île de la Jamaïque , entre J 080 et 1786; or lesnégriers anglais avaient déjà commencé leur trafic dès l’année 1028. Entout, pendant le siècle et demi qui s’écoula entre la conquête anglaise etl’abolition de la traite en 1807, la Jamaïque a dû recevoir près d’unmillion de noirs, peut-être destinés pour la moitié à servir dans lesplantations mêmes de l’ile. Cependant, lorsque la liberté des esclavesfut proclamée, en 1835, il n’en restait que 309000 : c’est que les noirsimportés périssaient sans descendants; les ateliers devaient se recrutertous les ans par des travailleurs dans la vigueur de l’àge. Les familles seformaient d’autant plus difficilement (pie les mœurs polygames s’étaientconservées, même en plein esclavage : les « commandeurs » noirs desplantations avaient, encore au commencement du siècle, le droit de prendrede deux à quatre femmes, suivant l’importance de leur rang dans lemonde des esclaves 1 , et parmi les simples travailleurs, les célibatairesétaient d’autant plus nombreux. D’anciennes pratiques africaines se con-servèrent aussi très longtemps : les magiciens faisaient des sacrifices àTuniou, le mauvais dieu qui envoie les orages, el remerciaient Naskiou, ledieu bon, qui reprend les noirs par la mort pour les ramener dans leurpatrie. Lors des procès ou des discussions graves, on ouvrait une fosse etl’on en prenait un peu de terre, dont on frottait les lèvres de l’accusé : leparjure, dit la légende, enflait aussitôt, son ventre s’ouvrait el ses en-trailles se répandaient.
Les esclaves étaient fort durement traités parles planteurs de la Jamaïque ,en vertu de lois plus sévères que celles des autres Antilles 8 : nombre deplanteurs faisaient marquer leurs initiales au fer rouge sur la peau deleurs esclaves 3 : le nègre rebelle, ayant battu deux fois un blanc, étaitécartelé ou brûlé à petit feu, en commençant par les pieds. On ne con-cédait de droits civils aux affranchis qu’à la troisième génération et lors-
' R. C. Dallas, The History of ilie Maroons.
2 Alex. de llumboklt, Histoire politique de Cuba.
3 Bryan Edwards, West-lndies.