NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
710
à peu l’étendue de leurs plantations, rétrécissaient le cercle d’investisse-ment autour des républiques africaines. Enfin, en 1795, le conflit éclata.Deux marrons de Trelawncy-town ayant été convaincus du vol d’un porcfurent condamnés à être fouettés publiquement par le bourreau. L’indi-gnation fut grande chez leurs camarades : « Vous auriez décapité les vo-leurs, disaient-ils, nous n’aurions pas protesté, mais vous leur avez infligéune peine réservée aux esclaves, ce qui est contraire au traité. » Ils se plai-gnirent en même temps qu’on leur eût enlevé des terres et imposé deschefs qu’ils n’avaient point élus. La loi martiale fut aussitôt proclaméedans l’ile et les troupes anglaises, aidées par une bande de marronsalliés, envahirent le territoire réservé de Trelawney-town ; mais ayant étéignominieusement battue, l’expédition se changea en blocus. Si les noirsdes plantations s'étaient révoltés alors, c’en était fait de la puissance desblancs à la Jamaïque comme en Haïti ; mais les esclaves, habitués àvoir dans les marrons de redoutables ennemis, complices de leurs maîtres,ne bougèrent point, et tous les blancs en armes, aidés de deux centsdogues qu’ils avaient fait venir de Cuba ', purent maintenir à leur aisele blocus du territoire insurgé et réduire les marrons à l’impuissance. Aunombre de quatorze cents, ceux-ci capitulèrent enfin, après sept mois derésistance, à la condition de garder leur vie et leurs ferres, mais le gou-vernement de l’ile se bâta de violer la convention, et les malheureux captifsfurent transportés dans la Nouvelle-Ecosse , où des milliers de leurs des-cendants vivent encore. Pour la plupart des transportés, cette péninsuledu nord ne fut que la première é ^ de l’exil, et finalement on leur assignale séjour de Sierra-Leone , patrie de leurs ancêtres.
Lorsque l’abolition de la servitude fut volée, en 1853, après des insur-rections d’esclaves cruellement réprimées, puis lorsqu’elle eut été défini-tivement abolie, en 1858, les changements économiques prirent le carac-tère d’une véritable révolution. Les transactions commerciales avec laGrande-Bretagne et le reste du monde diminuèrent presque brusquement,et en même temps se réduisit le nombre des blancs. Cette crise soudaines’explique facilement par le régime de la propriété terrienne. Devenus,en vertu de leurs richesses, de fort grands personnages, les planteursde la Jamaïque étaient pour la plupart retournés en Angleterre et faisaientgérer leurs domaines par des intendants, mais leur genre de vie fastueuxdans la métropole les avait rapidement entraînés à dépenser au delà deleurs ressources : ils avaient hypothéqué leurs terres, et l’argent dont le
Dallas, Hislonj of the Maroon Rébellion : — J. Stewart, ouvrage cité.