NOIRS DE LA JAMAÏQUE.
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gouvernement leur fit cadeau pour le rachat des esclaves ne suffit pas àleur rendre la fortune’. Ruinés par leurs prodigalités, ils ne manquèrentpas d’accuser les abolitionnistes de leur désastre : nulle occasion n’étaitplus favorable pour rejeter sur autrui les conséquences de leurs propresfautes. Les plantations restèrent entre les mains d’agents qui ne dispo-saient plus que de faibles capitaux ; les maisons tombèrent en ruines etles herbes folles, les arbustes, les arbres de la forêt envahirent bientôtles cultures. La plupart des anciennes familles de blancs qui se trou-vaient encore dans le pays émigrèrent à la suite des planteurs ruinés : enISd^, un mémoire adressé au gouverneur de la Jamaïque par onze résidentsde l'ile constate <[u’ils géraient 1 ‘25 plantations, soit comme propriétaires,soit comme agents.
Depuis l’émancipation des esclaves, la population blanche a dimi-nué d’un quart, tandis que le nombre des noirs a presque doublé*. Ons’est bâté d’en conclure que cet écart a pour cause principale le climat,funeste aux hommes de race blanche, surtout aux blancs d’origineseptentrionale, et favorable au développement de la race africaine. Certai-nement il y a dans cette assertion une part de vérité; quoique l’on puisseciter de très nombreux exemples d’Anglais ayant joui d’une parfaite santé àla Jamaïque pendant une longue vie de labeur, la race, prise dans sonensemble, n’est pas dans cette île en un milieu qui lui convienne. Toute-fois la diminution des blancs provient en premier lieu de l’émigration,notamment celle des femmes : la plupart des jeunes filles vont faire leuréducation en Angleterre et beaucoup ne reviennent pas. Ce sont les condi-tions économiques et non celles du climat qui réduisent le nombre desblancs. La partie la plus insalubre de la Jamaïque pour les Anglais estla péninsule méridionale, dans le bassin de la « rivière Sèche ». La fièvrejaune, qui sévit presque uniquement sur les blancs, ne règne que dans lesparties basses de l’ile : de même que dans l’Etat de Yera-Cruz, il est rarequ’à la Jamaïque le fléau remonte au-dessus de 400 mètres et il ne dépassejamais l’altitude de 750 mètres. Une maladie autrefois très redoutée, quel’on appelait « colique sèche », a presque entièrement disparu; enfin, laphtisie fait moins de victimes parmi les Anglais de l’ile que dans la mèrepatrie, ou même se guérit dans les sanatoires des montagnes, notammentdans les forêts de chinchonas de Hope-gardcns et sur les collines de A'ew-
1 Prix du rachat des noirs à la Jamaïque : 146 549 575 francs.
2 Proportion des blancs et des gens de couleur à la Jamaïque :
1850. . 20 000 blancs; 524 000 noirs et de couleur. Ensemble : 360 000. Proportion: 1 à 16.
1890. . 15000 » 620000 » « 655 000 » là 41.
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