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Livre XVII. Indes occidentales.
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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

de leur misérable existence, les Haïtiens désespérés jurèrent de ne pinslaisser naître d’enfants : ce fut le suicide de la race entière. En un demi-siècle, la nation qu’avaient trouvée les Espagnols et qu’ilsdésir de « convertir à la vraie foi » n’existait plus, ou du moins le peuqui en restait s’était fondu avec d’autres éléments ethniques, noirs oublancs. A peu près à moitié chemin entre Santo-Domingo et la baie deSamanâ, dans un vallon boisé des montagnes, se trouve le village deBoya où se retirèrent les derniers indigènes de l'ile, après l’exterminationpresque complète de la race. On les y laissa tranquilles; leur chef obtintmême le titre de don et put s’intituler « cacique de l’ile Haïti », sansque les Espagnols , fatigués du massacre, vinssent lui chercher noise.Mais la race indienne, mélangée avec les gens du voisinage, eut bientôtperdu sa pureté, et maintenant il est difficile de reconnaître les descen-dants croisés des Haïtiens aborigènes : ce qui les distingue le mieux, cesont leurs cheveux longs, plats et très noirs. Du moins, ainsi que Hum-boldt l’a depuis longtemps constaté, ces populations disparues de l’ile Espa-nola ont-elles fait passer un grand nombre de mots dans la langue de leursconquérants, et par eux dans les autres idiomes européens. Tels sont lesvocables : patate, cassave, gayae, maïs, tabac, iguane, canot, cacique etpeut-être hamac. Un certain nombre de mots haïtiens, devenus castillans,ne se sont pas francisés.

Dès les premières années de la conquête, des nègres avaient accompagnéles Espagnols, et en 1505 des traitants espagnols vendaient aux mineurs deSanto-Domingo des esclaves africains; mais le trafic ne se régularisa qu’en1517, lors de la publication de l’édit royal autorisant l’importation annuellede 4000 noirs de la côte d’Afrique dans l’ile d’Haïti . Le monopole de latraite était constitué au profit d’un chambellan de Charles-Quint , qui levendit à des commerçants de Gênes . Toutefois l’arrivage des nègres étaitbien insuffisant pour compenser la mortalité des Indiens: les commanderiesse faisaient désertes. M’ayant plus d’esclaves pour exploiter les mines etpour cultiver les plantations, les Espagnols , qui ne travaillaient point eux-mêmes, étaient menacés de mourir de faim dans celle île pourtant si richeet si féconde : aussi nombre des colons d’Espaiïola s’empressèrent-ils decourir à d’autres conquêtes, et quand on apprit les nouvelles merveil-leuses du Mexique et du Pérou, l’émigration fut générale. Saint-Domingue se serait complètement dépeuplée si le gouverneur n’avait retenu de forcetous les subordonnés qui s’y trouvaient. L’occasion était bonne pour leschercheurs d’aventure, Anglais ou Français , qui rôdaient dans le voisi-nage des colonies espagnoles : aucune force ennemie ne les empêchait