GU K II H K D'INDÉPENDANCE HAÏTIENNE. 7 AÏ
Domingue décréta dans la plupart dos paroisses la scission d’avec la mèrepatrie, dont tons les actes lui semblaient « violés d’avance par la déclara-tion des droits de l'homme'». Me comptant plus sur la France , dont ilsdéchiraient les insignes, les planteurs s’adressèrent alors à l’Angleterre, etdes commissaires, revêtus d’uniformes anglais , allèrent implorer l'aidedes autorités de la Jamaïque .
Mais déjà les nègres étaient entraînés dans le mouvement révolutionnaireet la guerre de race éclata. I/influence des prêtres était restée toute-puissante sur les esclaves, et ceux-ci, par un phénomène analogue à celui quisouleva les paysans de la Vendée , prirent les armes comme «Gens du Roi»L’odeur du sang eut bientôt fait oublier le sort de la monarchie lointaine,et la guerre ne fut plus de part et d’autre qu’une chasse à l’homme. Inatta-quables dans la région des mornes, les nègres massacraient les blancs descampagnes, mais pour être massacrés à leur tour quand, enivrés de quelquesuccès, ils osaient se présenter aux abords des villes. On ne faisait guèrede prisonniers, et souvent les captifs mouraient dans les tortures. Lescamps, ceux des blancs comme ceux des noirs, étaient entourés soit decadavres pendant aux branches des arbres, soit de têtes plantées sur despieux. Mais, ainsi qu’aimait à le dire plus lard Toussainl-Louverture, lesblancs étaient au milieu des nègres comme deux ou trois grains de maïsclairsemés dans un vase plein de maïs noir, et les massacres accroissaienl’écart au profit de la race africaine. En outre, l’émigration des blancs versla Jamaïque, Cuba, Puerto-Rico, les Florides espagnoles et les Etats-Unis devenait un véritable exode. Les planteurs ruinés ou prévoyants quittaientle pavs, allant porter leur industrie dans les contrées environnantes.
Appelés par les blancs et par une moitié des gens de couleur, accompa-gnés par des compagnies de nobles émigrés de France, les Anglais vinrent eneffet s’emparer de la magnifique colonie qui leur était offerte. Le MôleSaint-Nicolas, principal arsenal de Saint-Domingue, et Port-au-Prince , villecapitale, tombèrent entre leurs mains. D’autre part, les Espagnols , quireprésentaient la monarchie bourbonienne, avaient, à ce litre, pris à leurservice les « Gens du Roi », c’est-à-dire les nègres révoltés, et s’étaientavancés dans l’intérieur du ci-devant territoire français : il ne restait guèrede l’ancienne colonie que deux ou trois points occupés militairement, aunord et au sud de File, précisément là où les boucaniers avaient commencéleur œuvre de conquête. C’est alors que le commissaire Sonthonax , com-
1 Arrêté de la paroisse du Gros-Morue. (Pamphile de la Croix, Mémoires pour servir à l'histoirede la révolution de Saint-Domirigne.)