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nègres de l’Amérique du Nord sont venus s’établir dans le pays, mais,contrastant avec les créoles d'Haïti par la langue, la religion et lesmœurs, ils s’associent difficilement avec eux. Les mieux accueillis parmi lesimmigrants sont ceux ipii viennent des Antilles françaises, Martinique et(iiiadeloupe, et qui entretiennent des relations avec la France . Les Jamaï-cains sont nombreux à Port-au-Prince : presque tous les cochers sont desimmigrants de File anglaise. Quant à l’émigration, elle est peu considé-rable et se dirige surtout vers la Dominicaine et le Venezuela .
Les progrès en agriculture et en industrie ont été bien faibles depuis lespremières années de l’indépendance haïtienne . La cause en est au régimede la propriété, héritage des temps de l’esclavage. Rien ne fut changé à ladivision des terres tant que dura le péril d’asservissement : chaque planta-tion était comme un camp dont les habitants formaient une compagnieou un bataillon de guerre ayant son chef désigné 1 . Après la retraite desFrançais , ce régime fut maintenu au profit des personnages de couleurqui s’étaient substitués aux blancs comme propriétaires. De même qu’enFrance , les acheteurs ou concessionnaires de biens nationaux formaientune classe nouvelle, d’autant plus âpre à la défense de scs acquisitionsqu’elle craignait de 11 e pouvoir les conserver. De peur que la petite pro-priété ne se constituât à ses dépens, elle en vint même à faire interdirela vente de tout domaine rural d’une superficie inférieure à "25 hec-tares. Seul parmi les chefs d’Etat, l’étion distribua des terres, surtout, ilest vrai, à ses officiers et aux fonctionnaires supérieurs, mais aussi auxvétérans de l’armée et aux simples soldats. Ce fut le faible commencementde la révolution terrienne, complément nécessaire de l’émancipation desesclaves ; mais la grande masse des paysans resta privée de terres, et desrévoltes fréquentes eurent lieu pour les conquérir : les pauvres Haïtiens étaient toujours prêts à se soulever, dans l’espérance constamment déçued’arriver enfin à cette possession du sol qui pouvait les rendre libres :Haïti eut ses guerres de paysans ou de « piquets ». Telle serait aussi enFrance l’origine du mot « péquin » changé en pékin, qu’emploient lessoldats de métier pour qualifier les civils ou militaires d’occasion 2 , c’est-à-dire de gens simplement munis de « péques » ou piques, armes impuis-santes contre les fusils et les canons". On répétait volontiers que les soulè-vements des piquets, presque régulièrement terminés par des massacres,étaient causés par des haines de races entre noirs et mulâtres, mais la
1 Louis-Joseph Janvier , Les Affaires d'Haïti.
- IlarnauJ, Notes manuscrites.