Band 
Livre II. La France.
Seite
12
JPEG-Download
 

NO ('Y ELLE GEOGRAPHIE UNIVERSELLE.

12

donl les masses cristallines sont les plus puissantes de l'Europe , s’appuientles assises régulières des monts Jura , type des formations calcaires cpii enont pris le nom. Pour compléter la France actuelle, les terrains postérieursaux assises jurassiques et à la craie n’ont eu qu’à combler un espace déjàbien rétréci et n’ont ajouté qu’un très-faible relief à la superficie généralede la contrée.

La nature géologique des terrains, aussi bien que la configuration pure-ment extérieure du sol, contribuent l’une et l’autre à diviser le pays enzones non moins distinctes par l’histoire que par la géographie. Le grandplateau central et les massifs angulaires de la France ont dû de tout tempsparaître aux populations limitrophes comme des contrées à éviter plutôtqu’à conquérir; la difficulté des abords, le manque de voies naturelles decommerce, la rigueur du climat et surtout l’avarice du sol ne pouvaientque les écarter vers d’autres chemins, tandis que la richesse, le charme etla beauté des plaines basses parcourues par les fleuves devaient au con-traire les attirer. Les âpres régions des plateaux n’avaient qu’un grandavantage, celui d’être des lieux de refuge plus sûrs que les campagnesouvertes de toutes parts aux incursions des ennemis. En bas, les peuplesse disputaient la terre ; en haut, ils la possédaient plus paisiblement ; dansla plaine, le va-et-vient des hommes était incessant, soit pour la guerre,soit pour le commerce; sur la montagne, les habitants maintenaient ungenre de vie plus calme et plus égal; ils vivaient plus lentement, maisaussi avec une sécurité plus grande. Par un phénomène analogue à celuiqu’on observe dans le monde végétal, la « plante homme », ainsi quedisait Alfieri , croissait plus péniblement sur ces roches de granit, mais elley devenait plus robuste et plus tenace.

C’est entre le plateau central et les campagnes de son pourtour que lecontraste historique est le plus évident. Encore plus à cause de l’his-toire de leurs populations que par leur structure géologique, la puis-sante protubérance de roches primitives et les vallées fluviales qui l’entou-rent méritent d’être assimilées à une charpente osseuse revêtue de chairs,enlacée d’un réseau de veines. Au sud-est et à l’est la vallée du Pihône, ausud-ouest et à l’ouest les bassins de la Garonne et de la Charente , au nordla vaste enceinte presque circulaire dont la Seine est le fleuve principal,sont des régions vivantes par excellence en comparaison du morne plateau.Aussi le nombre des montagnards qui descendent vers la plaine dépasse-t-ilde beaucoup celui des gens d’en bas qui montent vers les hauteurs : poul-ies hommes comme pour les eaux, c’est l’inclinaison du sol qui indiquela direction du voyage. En comparant le bassin de Paris et les hautes