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entièrement formé de terres limoneuses qu’apporta le courant du fleuve, toutrempli d’étangs et de marécages, coupé de canaux naturels et de fossés d’é-coulement. La plus grande partie de la plaine, dont la superficie est éva-luée à 75,000 hectares, à peu près la moitié de toute la région alluvialedu bas Rhône, est occupée par l’ile de la Camargue , actuellement très-insaluhre et presque inhabitée, poudreuse en été, à demi noyée pendantl’hiver. 11 est très-probable que la région n’était point jadis aussi malsainequ’aujourd’hui, car ou a trouvé des ruines romaines sur les rives de l’étangde Vaccarès, à l’ouest, au nord et au sud-est, en des régions marécageusespresque complètement inhabitables de nos jours. Lorsque le Rhône pouvaits’épancher librement sur les terres riveraines et les recouvrir d’une mertemporaire, tous les débris corrompus étaient emportés vers la Méditerranée ;et quand les eaux laissaient émerger le sol, elles s’écoulaient par des canauxqu’elles creusaient elles-mêmes en renouvelant les terres. Les hautes diguesqui défendent actuellement la Camargue contre les invasions du fleuveretiennent çà et là les eaux en funestes marécages et nuisent en outrebeaucoup à l’agriculture en empêchant le fleuve d’apporter de nouvellesalluvions. Quand les digues sont rompues, la valeur des pêcheries del’intérieur est décuplée par le soudain assainissement des eaux '. Quel’on compare l’état actuel de la Camargue à celui de la grande île dela Rarlhclasse, librement recouverte par le flot de crue, et l’on verra com-bien il eût mieux valu ne pas enfermer la Camargue ! La construction deslevées du bas Rhône , dont on a surchargé les rives naturelles que le fleuveavait déposées lui-même, est une de ces « améliorations » déplorablescomme l’esprit de système préconçu en a tant inspirées ; mais pour changerde méthode il est peut-être bien tard, car les rares habitants de la Ca-margue , qui comptent maintenant sur le rempart des digues, auraient àchanger la forme de leurs habitations et à modifier leurs habitudes deculture.
La moitié septentrionale de cette île de Camargue , trop tôt conquise surle Rhône et sur la Méditerranée , offre quelques champs de labour, cultivéspar des paysans qui bravent les fièvres, et de vastes pâturages où vaguentdes chevaux blancs, des troupeaux de bœufs à demi sauvages et des« manades » de buffles (bos bubalm) destinés aux courses des villages duMidi. Au sud, des roselières et des marais bordés de tamaris d’où lesmoustiques s’échappent en immenses nuées, entourent la Pichoto mar ou« Petite mer », appelée aussi l’étang de Vaccarès (par corruption Valcarès),
1 Régy, Assainissement du littoral méditerranéen.