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à cause des vaches qui paissent les herbes salines de ses rivages. C’est nneancienne baie de la Méditerranée, enclavée aujourd’hui au milieu desterres et séparée, par un cordon de dunes çà et là rompues, de la longueplage qui se développe en un demi-cercle concave entre les deux bouchesdu fleuve. Dans le voisinage de la mer s’étendent les sansouires , anciensfonds marins d’où l’eau s’est évaporée, ne laissant que des couches salinesdépourvues de toute végétation; c’est déjà le désert. Des hommes, patres,pécheurs ou douaniers, sont rares dans ces solitudes fiévreuses ; par contre,nulle contrée de la France n’est plus riche en oiseaux d’espèces diverses,précisément parce que l’homme ne vient pas les troubler ; nombre d’oi-seaux qui émigrent en Afrique ou qui en reviennent se plaisent dans cesespaces, loin des villes bruyantes; on y voit même des flamants. Le castor,cet animal que l’homme a fait disparaître de presque tous les autres paysde l’Europe , se rencontre aussi dans les digues du petit Ilhône, où l’onn’ose trop le poursuivre, de peur de ruiner la levée. « De maçon qu’ilétait jadis, le castor s’est fait mineur ‘. »
Quelques branches latérales des deux principaux lits du Rhône coulent enméandres dans la Camargue et l’exhaussent en déposant des alluvions surleurs rives. Des « aubes » qui ressemblent aux trembles argentés et quisont parmi les plus beaux arbres de l’Europe , croissent en rideaux sur cesterres plus élevées, non mélangées de molécules salines; sur les bords desfossés qui limitent les champs de la Camargue septentrionale, on voit aussides saules, des peupliers, des ormeaux ; mais de grandes forêts, qui occu-paient autrefois l’intérieur de l’ile, ont été coupées, et maintenant il seraitinutile de les replanter sans avoir préalablement lavé le sol, qui contientjusqu’à 21 millièmes de sel dans ses terres émergées*. Seulement 14,000hectares, la cinquième partie de la Camargue , ont été transformés en terrainsde culture; la violence et la froidure du mistral empêchent aussi le succèsde plusieurs essences, notamment de l’eucalyptus. Pourtant, si la France al'ambition d’utiliser les richesses que la terre la plus féconde lui offre spon-tanément, il faut qu’elle sache assainir et mettre en culture les plaines, au-jourd’hui redoutées, de la Camargue . Depuis des milliers d’années, lesEgyptiens savent profiter des « présents du Nil »; il serait convenable que lesFrançais apprissent à se servir aussi des présents du Rhône . La science etl’expérience ne manquent pas, puisque en maints endroits déjà on a su fairereculer les marais salins devant les eaux douces et donner aux sols les plusingrats une grande fertilité ; mais c’est en grand qu’il faudrait opérer pour
1 De Mortillet, Broca, Bulletin de la Société d’anthrop.,\\, 1805. —Cazelles, Notes manuscrites.
- Duponchel, Traité d'hydraulique, p. 420.