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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
III
Les plateaux calcaires du Jura , très-salubres pour leurs propres habitants,mais trop froids pour les étrangers, sont peuplés des hommes de France lesplus hauts de stature : le Doubs, le Jura et Saône-et-Loire sont les trois dé-partements où l’exemption pour défaut de taille atteignait la moindre pro-portion de jeunes gens 1 . La race non mélangée des vrais Comtois, que l’ontrouve uniquement sur les plateaux jurassiques, a le torse relativementcourt, les épaules larges, de grands bras, de longues jambes. Sur les ter-rains siliceux, la population devient plus chétive : « les montagnes fournis-sent les hautes tailles, les plaines les empruntent et les détruisent par lamortalité bressane 2 .»
Dans les villages de la Franche-Comté , les familles sont nombreuses. Leshabitants émigrent, non pas en masse comme les paysans de l’Irlande et decertaines parties de l’Allemagne , mais isolément ou par petits groupes.Actuellement on voit des Comtois dans toutes les villes de France . Lorsquele pays appartenait aux Espagnols , ceux-ci ne s’établirent nulle part dansleur domaine du Jura ; mais les Jurassiens, au contraire, se répandirentaussitôt dans tous les pays dépendant de l’immense empire de Charles-Quint : on en compta jusqu’à 20,000 à Madrid ; ils n’étaient pas moinsnombreux dans le Milanais; à Rome, 12,000 émigrés du Jura occupaientle quartier dit des « Bourguignons », du nom sous lequel on les connaissaitjadis.
Forts, silencieux, avisés, les montagnards de la Franche-Comté ont étéde tout temps un peuple zélé pour le travail, amoureux de sa liberté. Si cen’est dans les villages asservis à l’abbaye de Saint-Claude, presque toute lapopulation comtoise jouissait avant Louis XIV d’une liberté inconnue enFrance , car le dernier des paysans pouvait y devenir président du parlementde Dole , c’est-à-dire l’homme le plus considérable de l’État; le premier desGranvelle était fils d’un serrurier. Pendant les grandes guerres du moyenâge, les campagnards se faisaient armer en chevalerie, après les travaux d’été,puis couraient à travers l’Europe sous le nom d’aventuriers : ce sont euxqui régnèrent au treizième siècle sur Athènes et sur l’Achaïe. Aussi leslibres communautés du Jura résistèrent-elles avec la plus grande énergie
1 Voir ci-dessus, p. 40, carie de la taille en France , d’après Broca
- A. Delacroix, .Voies manuscrites.