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Quoique les couches profondes recèlent une grande quantité d’eau, ce-pendant la Seine superficielle reçoit dans son lit près de la moitié de lapluie tombée à la surface de son bassin. Au-dessous du continent de l'Oise ,elle ne recueille, il est vrai, que de faibles ruisseaux et les rivières de l’Epte ,de l’Andelle, de l’Eure , l’Ure des indigènes; mais elle se gonile plus que ne leferaient supposer tous ces apports visibles : des sources de fond, ayant traverséle crible des plateaux supérieurs, aident aussi à grossir le volume des eaux.En aval de l’Eure , là où le flot de marée commence à soutenir périodique-ment le courant fluvial, la Seine prend déjà un aspect imposant, et l’espacequ’elle occupe est une partie notable du bras de mer qu’elle a remplacé. Lesescarpements qui dominent la vallée de part et d’autre sont pour la plupartdes talus réguliers formés par Eécroulement des assises supérieures; maisquelques falaises des bords ont gardé la netteté de leurs parois, la vigueurde leurs arêtes : on les voit telles qu’elles étaient lorsque le flot marinvenait en laver la base. Il est même des roches crétacées qui s’élèventen aiguilles au-dessus du courant de la Seine , semblables aux piliersd’Étretat E
Au-dessous de Rouen , le fleuve se déroule en méandres pareils à ceuxde Paris ; puis après avoir dépassé la pointe aiguë de Quillebœuf, à la-quelle le cap de Tancarville répond sur l’autre rive, la Seine cesse d’êtreun fleuve libre pour devenir un canal contenu entre des digues paral-lèles dans le vaste espace, en partie reconquis, qui fut jadis la largebaie de Seine . C’est entre Quillebœuf et le méandre de Caudebec que lephénomène de la « barre » ou « mascaret » se montre dans toute sapuissance à l’époque des plus grandes marées : alors les curieux accou-rent en foule sur les quais de Caudebec et de Yillequier ; même des trains,spéciaux amènent de Paris et de Rouen des milliers de voyageurs qui vien-nent assister au conflit de la marée et du courant fluvial. Celte lutte a étésouvent décrite 2 : le flot marin s’avance en rouleaux écumeux de 2 et 5 mè-tres de hauteur, avec la vitesse de près d’un kilomètre à la minute; le longdes berges, l’eau qu’arrêtent les saillies du rivage s’élance en fusées et reflueen tourbillons; parfois, quand le mascaret est accompagné d’un vent detempête, ce n’est point sans danger qu’on se laisse entraîner à contemplerle spectacle de près. D’ailleurs le mascaret n’a pas toujours la même énergie:les déplacements des bancs dans le golfe, les endiguements faits par l’hommele long des rivages, ont pour conséquence, soit de calmer, soit d’exaspérer le
1 Lycll, Eléments of geology, 6 ,h édition, p. 352, etc.
* Cabinet. Causeries scientifiques; — liaude, Revue des Deux Mondes , 15 avril 1854 ; — PartiotAnnales des Ponts et Chaussées, tome I, 1801.