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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
Toutefois, pour satisfaire son énorme appétit, pour nourrir ses deux millions d'habitantset les deux cent mille étrangers qui lui rendent visite, Paris doit importer ses denrées detoutes les parties de la France et même du monde. Ainsi les céréales lui viennent non-seulement de la Beauce et des autres terres à blé 1 de l'Europe occidentale, mais aussi dela Russie, des pays danubiens, de l'Amérique et de l’Algérie , qui lui envoie surtout desprimeurs; de même la Méditerranée et l'Océan contribuent à renouveler chaque matin la« marée » des balles. Il est peu de départements qui n'aient chaque jour leur part d’envoisdans le lait, les beurres, les fromages, les légumes, les fruits, les volailles achetés par lesménagères île Paris 1 . Outre les quantités énormes de denrées nécessaires à sa consomma-tion journalière, la ville demande aussi à la province et à l’étranger les matières premièresdont elle a besoin pour son industrie. Grâce aux routes, aux chemins de 1er et aux voiesnavigables, naturelles et artificielles, qui viennent se réunir dans Paris et en font le centrecommercial de la France , le mouvement de transit de l'une à l'autre extrémité du pavsse fait aussi principalement par ses gares et ses bassins. Comme port français,- Paris nele cède qu’aux deux villes de Marseille et du Havre 2 * * ; mais si l’on tient compte des arri-vages par les voies ferrées, le commerce extérieur de la capitale dépasse de beaucoup ce-lui des autres cités françaises . Seulement pour le va-et-vient des voyageurs, les garesde Paris ont à elles seules plus du sixième de tout le mouvement des chemins de ferdu réseau, et ce mouvement s'accroît d’année en année en proportion beaucoup plus grandeque le trafic du reste de la France .
Paris est même en communication directe avec la mer. Depuis le temps où les Nor-mands remontaient la Seine pour attaquer la Cité et en ravager les alentours, les héritiersdes nautes parisiens ont souvent aventuré leurs embarcations en dehors du tleuve, etpendant le cours des deux cents dernières années, nombre d’ingénieurs ont imaginé desprojets plus ou moins praticables pour faire de Paris un « port de mer», comme Londres sa rivale. Déjà, malgré la lenteur de la navigation à la montée du fleuve, malgré lesseuils de la Seine qui laissent à la carène des bâtiments seulement un mètre d'eau oumoins encore, un trafic régulier a pu s’établir directement entre Paris et Londres , et mêmedes navires ont fait la traversée de Paris à Rio de Janeiro . Il est certain que l'approfondis-sement de la Seine à 5 mètres de mouillage ferait de Paris un véritable port de grand cabo-tage et permettrait aux navires de 500 à 1,000 tonneaux d’apporter sans rompre charge lesgrosses marchandises étrangères sur les quais et dans les entrepôts de la capitale 5 . Nulleentreprise n’est plus urgente pour la prospérité de l’industrie parisienne : pour quecelle-ci puisse échapper au monopole des chemins de fer, il faut qu’elle dispose de voiesnavigables et profondes.
D’autres travaux de canalisation, mais souterraine en grande partie, appartiennent àl’organisme de la cité. A la fin du douzième siècle, il n’y avait dans la capitale que trois
1 Consommation movenne du Parisien, 00 kilogr. de viande et 11 kilogr. de marée.
Quantité des vins importés à Paris . . . ..4,000,000 hectolitres.
2 Mouvement de navigation dans les ports de Paris en 1874 :
Entrées de bateaux chargés. 19,559, avec 1,802,000 tonnes (café, sucre, huiles, eaux-de-vie, vins,
bières, combustibles, pierres).
Sorties » » 4,781, r 506,000 » (pierres, plâtre, fer, produits chi-
miques).