750 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
a pensé à faire couler un bras de la Loire par-dessus le plateau de la Reauee. Du reste,l'œuvre accomplie n’est guère moins admirable. Le canal de la Dhuis a 150 kilomètres,celui de la Vanne en a 175, et le flot clair qu'apportent ces aqueducs s'étale au sommetdes hauteurs qui dominent Paris , en d’immenses réservoirs souterrains contenant jusqu’àcent mille tonnes d’eau. Le réservoir de Montsouris, où pénètre la Vanne , destinée aux quar-tiers de la rive gauche, n'a pas moins de trois hectares ; celui de Ménilmontant, oùs'abreuvent les habitants de la rive droite, se compose de deux lacs superposés, en hautla Dhuis, au-dessous la Marne , et séparés l’un de l'autre par une voûte aux innom-brables piliers. En outre, Paris , non content d'aspirer par scs aqueducs les eaux superfi-cielles à des centaines de kilomètres de distance, plonge ses suçoirs dans l'épaisseur desroches, à Grenelle, à Passy, pour aller chercher les eaux à six et sept cents mètres deprofondeur. Grâce à ce flot qui lui vient de toutes parts et qui monte même de l’inté-rieur de la terre, Paris peut disposer de plus de 450 millions de litres par jour et chaquehabitant reçoit environ ‘250 litres 1 . C’est assez pour la soif de la grande ville, mais troppeu pour sa propreté. 11 reste beaucoup à faire si l'on veut que Paris devienne, par l'abon-dance de ses eaux pures, l'égale de la Rome antique ou de la moderne Washington !
Pour compléter le mouvement de la circulation, les canaux d’égout doivent emporter auloin les eaux ménagères, faire en sens inverse l'œuvre des aqueducs. Jadis les ruisseauxde Paris servaient d’égouts ; de nos jours encore, la Rièvre, si pure dans sa vallée d’ori-gine, se change bientôt en immonde fossé dans la grande ville, qui en a bordé les rivesde mégisseries ; mais elle entre bientôt sous terre et pénètre dans le grand égout dela rive gauche. Du côté du nord, le ruisseau de Ménilmontant, qui portait bateau et dontun bras passait dans le « Marais», tandis que l’autre se déversait dans la Seine au bas deChaillot, a cessé de couler à l'air libre : dès le dix-huitième siècle, il était changé enégout souterrain; actuellement, il est devenu le grand «collecteur)), mais toutes ses eauxlatérales n’ont pas été captées, et parfois de soudaines inondations ont entouré les fon-dements des édifices : on sait que pour établir les assises inférieures du nouvel Opérail a fallu combattre une « véritable, rivière » i .
Certes, on ne peut dire encore que Paris soit une ville parfaitement assainie et quetoutes les règles de l’hygiène municipale y soient observées; la mortalité moyenne y estplus forte que dans plusieurs autres capitales 5 . Il est du moins peu de villes du con-tinent auxquelles Paris ne puisse servir de modèle par son organisme complet de cana-lisation souterraine. Au-dessous de chaque rue passe dans les ténèbres un tunnel voûtéoù viennent se déverser les eaux impures, où s'engouffrent les pluies d’orage, où se per-dent les suintements du sol et les ruisseaux naturels. De veinule en veine, la masse li-quide, sans cesse accrue, qui s’amasse sous les quartiers de chaque rive, descend à l'ouest,parallèlement au cours de la Seine , puis un double siphon qui repose sur le fond dufleuve, en aval du pont de l'Alma, porte les eaux de la rive gauche au grand collecteur
Puits artésiens. 0,000 »
Sources diverses. 15,000 >
Dhuis et Vanne . 127,000 >> >•
Total. 402,000 mètres cubes.
* Delesse, Carte hydrologique de Paris; Dufresne, Bull, de laSoc.de Géogr. de Paris , janv. 1875.
3 Décès dans le département de la Seine , de 1801 à 1809. 255 habitants sur 10,000.
Décès dans les districts ruraux de la France , de 1801 à 1869. . . 217 » 10,000.