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Livre III. L'Europe Centrale.
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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

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sans peine pénétrer dans l’intérieur du pays bosniaque, tandis que lesTurcs, au contraire, n’auraient pu se hasarder sans désastre au delà desmontagnes du Schar, dans un territoire insurgé, entre les Autrichiens etles Serbes. Si pareille occasion se lut présentée au siècle dernier, nul doutequ’elle n’eùt été immédiatement saisie; mais cette fois l'Austro-Hongricsemble repousser l’idée de compenser par la complète une partie des pertesrécentes qu’elle a faites.

Est-ce probité politique? Est-ce obéissance aux injonctions d’un puissantvoisin ? Ou plutôt est-ce légitime appréhension des dangers à venir? Siles Croates de Turquie , les bosniaques, les Herzégoviniens entraient parl'annexion dans le même empire que les Slovènes, les Croates et les Sla-vons, le centre de gravité de l’Austro-IIongrie se trouverait par cela mêmeforcément déplacé. Te temps n’est plus où des peuples entiers, changeant demaîtres comme d’immenses troupeaux, s’inquiétaient à peine de savoir àquel nouvel esclavage les condamnait la destinée; quel que soit encore l’étalde barbarie des malheureux Slaves de la Turquie occidentale, il leur sufii-rait certainement de peu d’années d’une vie commune avec les autres sujetsîle la monarchie austro-hongroise pour apprendre à reconnaître leurs alliéset à fuir leurs adversaires de race, de religion, d’intérêt politique. Les Slavesont déjà la majorité du nombre, et des annexions les rendraient assez fortspour qu’ils pussent réclamer à leur tour une part de puissance politique égaleà celle des Allemands et des Magyars : il faudrait s’occuper peut-être d’éta-blir le régime trinilaire, après avoir eu tant de peine à s'entendre sur unsystème dualiste, qui pourtant est encore bien loin d’empêcher les conflits.

Si la force croissante du parti slave arrivait à rompre la cohésion del’empire austro-hongrois , les Allemands, comme [tard national, en seraientvite, consolés : ils n'auraient qu’à s’appuyer sur la grande Allemagne, àlaquelle les rattachent déjà les liens de la langui! et d’un patriotisme com-mun. Mais la situation des Hongrois serait tout autre. Ceux-ci n’ont point,au nord du Danube , d’amis de race ou de langage. De toutes parts entourésde Slaves, de Roumains, d’Allemands, exposés à la haine des Russes quileur ont déjà porté un coup si terrible en 1849, ils ont à craindre pourleur existence même comme nation. Aussi se gardent-ils prudemment detoute intervention dans les affaires des Slaves de Turquie , de peur que d’au-tres ne viennent s’occuper à leur tour de régler les destinées magyares. Ilsvivent comme dans un étroit îlot entouré d’eaux menaçantes. One la diguecède sur un point et les voilà submergés !

Chose étonnante, les Magyars sont devenus solidaires de leurs anciensennemis les Turcs. Eux qui furent si longtemps les champions de l’Europe