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Livre III. L'Europe Centrale.
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NOUVELLE GEOGRAPHIE UNIVERSELLE .

dirigent vers l’Ill et le Rhin appartiennent, au moins depuis un siècie, etprobablement depuis une époque bien antérieure, au domaine de la languefrançaise. De même, la crête des Vosges a été franchie en maints endroitspar des colons parlant des patois d’origine latine, surtout entre Saint-Dié etColmar , et plusieurs villages « vcelches », très-reconnaissables à premièrevue, Orbcy, la Poutroyc, les Raroehes, se trouvent sur le versant orientaldes Vosges , au milieu du territoire germanisé. Même la ville de Sainle-Marie-aux-Mines (Markireh) était naguère beaucoup plus française qu’alle-mande par la langue de ses habitants. Dans cette région des Vosges , l’idiomealsacien a certainement reculé dans les derniers siècles, car plusieurs vil-lages des environs de Saint-Dié et du haut bassin de la Meurlhe portent desnoms d’origine allemande et divers documents témoignent en effet que lesdeux versants étaient également habités par des paysans germains 1 .

À l’ouest de Strasbourg, les deux côtés des Vosges sont peuplés de villa-geois qui parlent le dialecte alamannique d’Alsace : la limite des languesse dirige vers le nord-ouest, en formant de nombreuses sinuosités, et tra-verse la Moselle entre Metz et Thionville : près de Longxvy, elle coïncide avecla frontière de France , puis se recourbe au nord pour embrasser la moitiédu territoire belge. Mais la Lorraine dite allemande ne renferme pas seu-lement des communes germaniques; beaucoup plus grande que l’anciendistrict désigné oftîciellement jusqu’en 1751 sous le nom de « bailliaged’Allemagne», elle empiète partout sur le pays de langue française ; d’a-près la statistique dressée par ordre du gouvernement allemand , il n’v a pasmoins de 581 communes, contenant ensemble plus de 175 000 habitants,qui sont entièrement françaises par la nationalité : dans le district de Thion-ville, l’allemand n’était parlé qu’en trois communes 2 . Metz , la capitale, estau nombre des villes complètement françaises, car si elle fut partiellementpeuplée d’Allemands au moyen âge, la pression graduelle du français l’avaitcomplètement romanisée dès le milieu du treizième siècle : sa rémunicipale resta toujours « vvelche » de langue comme d’esprit 3 . Maintenantc’est de propos délibéré, avec un esprit de méthode rigoureuse, que le gouver-nement procède à la « germanisation » des communes françaises annexées :l’œuvre inverse n’était point entreprise avec une pareille énergie par l’ad-ministration française ; cependant on l’accusait de « combattre la morale etla civilisation * » en faisant du français la langue officielle de Strasbourg .

Richard Bœkh, Der Deutschen Yolkszahl und Sprachgebiet; — Ch. Grad, Considérations surl’administration et les finances de l'Alsace-Lorraine sous le régime allemand .

- IL Kiepert, Zeitschrift fiir Erdkunde, n° 57, 1872.

3 Henri Martin, Souvenirs d'Alsace et de Lorraine , Notes de voyage.

* Richard Bœkh, Der Deutschen Yolkszahl und Sprachgebiet.