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Livre IX. L'Asie Antérieure.
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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

L’un des beaux peuples de la Terre , les Persans sont aussi l’un des plusintelligents. La promptitude de leur compréhension, la lincsse et le tourpoétique de leurs idées, la puissance de leur mémoire étonnent les Euro-péens; mais ils ont trop de facilité naturelle pour qu’ils croient nécessaired’avoir une grande persévérance : ils manquent de fixité dans l’esprit 1 2 ;avoir compris leur parait suffisant, ils ne cherchent point à approfondir.Héritiers d’une longue civilisation et pleinement conscients de leur supé-riorité intellectuelle sur les populations voisines, ils sont malheureusementleurs inférieurs en courage : Arabes , Kourdes, Turcs et Turkmènes,Afghans, llaloutcbes ont eu constamment l’initiative de l’attaque dans lesguerres ou les révolutions locales, et le royaume est gouverné par un sou-verain d’origine étrangère, successeur d’autres dynasties conquérantes. Pri-vés de la liberté, qui seule pourrait renouveler leur civilisation, régénérerleur force créatrice, les Iraniens sont obligés de vivre sur leur passé, obser-vant religieusement les traditions anciennes. Ils ne sont pas moins rigidesobservateurs de la politesse que les Japonais et les Chinois; dans lemoindre village, si ce n’est en des circonstances exceptionnelles causéespar le fanatisme religieux, l’approche de l’ennemi ou du collecteur d’im-pôts, la population reçoit poliment l'étranger. En aucun pays le grand« art de se lever et de s’asseoir » n’est mieux connu et pratiqué avec plusde grâce et de réserve. Habile à veiller sur chacun de ses mouvements,sur le moindre frémissement de ses traits, le Persan d’âge mùr contrasteavec les enfants de sa propre race, si vifs et si enjoués pour la plupart. 11aime à parler, à donner un libre cours à son esprit et à son éloquencenaturelle; mais il sait parfaitement maintenir un air grave, quand il lui estutile de le faire, modérer son geste, distinguer dans la hiérarchie socialeles inférieurs, les égaux et les supérieurs de tout rang, prendre l’attitudeconvenable envers tous, présenter même la gorge à un maître commepour l’inviter à lui couper le cou. Dans la conversation, il sait placer lesproverbes et les vers des poètes qui conviennent à sa position ou à sesintérêts, et, sans effort apparent, diriger la pensée de son interlocuteurvers le sujet qu’il veut aborder. « Pigeon avec pigeon, faucon avec fau-con ! » répète le Persan pour expliquer comment son langage change dutout au tout suivant l’interlocuteur. Quelle différence entre ce Parsi de nosjours, dressé au mensonge par une longue servilité, et le libre Perse d’au-trefois, le fils du « Pur Iran » s , pour lequel « la chose la plus infâme était

1 Gobineau , Trois ans en Asie Centrale ;— II. Yambery, Sittenbilder ans dem Morgenlande,

2 Hérodote , I, 1Ü8; — Iiumouf; — Cari ltilter, etc.